Mardi 25 mars 2008

Je m'y attendais : des lecteurs, certainement membres du comité des tiques, commencent à venir me chercher des poux. Ainsi, dans mon billet précédent, un commentaire publie un lien vers une vidéo. Entre autres, on peut y voir un jeune australien en T-shirt rose et grosses lunettes blanches : il faisait partie de mon groupe. L'entrée saccagée qu'il filme est d'ailleurs celle de mon hotel.

Je ne sais pas ce qu'il en est de cet australien, mais il faut savoir que pas mal d'occidentaux on tiré un juteux profit de ces évenements. Entre autre, un allemand me dira par mail s'etre fait $2800. Ou encore, les norvégiennes de notre groupe ont vendu leurs clichés pres de 150 euros.

En ce qui me concerne, je me suis gardé d'uploader mes vidéos a sensation, et ai diffusé librement des images ainsi qu'un témoignage. Ce témoignage est assez rare pour avoir reçu l'écho qu'il a reçu, et nombre de commentaires me remercient pour avoir livré l'information la plus honnêtement possible. Il n'est pas tombé du ciel non plus, j'ai expressément demandé aux tibétaines de m'en dire davantage, parce que je pense que c'est un meilleur moyen de comprendre ce qu'il se passe que de faire un concours de liens vers Youtube.

Mon témoignane relate de la violence des tibétains envers les chinois, et non l'inverse. Mais il suffit de le lire pour s'en rendre compte... Je peux donc me regarder dans la glace sans rougir, et n'éprouve absolument aucune honte, contrairement à ce que l'auteur (anonyme) a suggeré à mon égard.

En fait, je m'ettendais à ce genre de réaction beaucoup plus tot que cela. Pres de 15000 personnes ont lu mon billet sur Lhassa, et je ne reçoie que maintenant un premier commentaire négatif à mon encontre. Je suis plutot satisfait.

Sur internet, certains auraient mis en doute ma légitimité. Je caressais le secret espoir qu'on vienne me traiter d'espion de la CIA, mais hélas, je ne pourrai pas faire planner le doute à ce sujet. Je me voyais déja draguer les filles avec, de retour en France :

Elle: Et tu fais quoi?
Moi : Eh bien, avant j'étais ingénieur informaticien. Mais maintenant, je suis sans ressource (pas de chomage pour les V.I.E).
Elle: Ah bon...
Moi : Mais j'espère bien arriver à toucher le RMI!
Elle: Ah...
Moi : Sinon, il y en a qui pensent que je suis un espion de la CIA...
Elle: C'est vrai? Comment ca?
Moi : Eh bien... Tout a commencé lors de mon tour du monde, lorsque je me trouvais au Tibet...

Ah ah ah, succès garanti. Mais malheureusement, je suis trop insignifiant pour avoir été jugé membre d'un complot international.

Su ce, j'annonce qu'en ce qui me concerne, le chapitre sur les emeutes à Lhassa est clos. Je vais reprendre mon petit blog intime de voyageur sac au dos. Si vous voulez débattre sur la situation au Tibet et en Chine, merci de le faire sur des forums spécialisés. Pléthore de sites y sont consacrés, et de très bons liens ont été donnés dans les commentaires précédents.

Merci à tous pour vos chaleureuses remarques et commentaires. La suite au prochain épisode!

par Aurélien
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Samedi 22 mars 2008

Cela fait une semaine que j'ai assisté aux évenements de Lhassa. Comme je l'ai écrit, j'ai quitté le Tibet assez rapidement, et je tente tant bien que mal de me tenir informé, malgré la censure du net. Merci pour vos nombreux commentaires, qui me tiennent informés de la tournure des évenements.

Ils me sont tres utiles pour savoir qui relaye mon témoignage, et obtenir des compléments d'informations. N'oubliez pas que je suis en voyage. J'ai passé 36h dans le train (Lhassa -> Xi'an), puis 14h vers Yichang, et je suis sur le point de faire 38h de bateau vers Chongqing, le long de la riviere Yangzi (je descends vers le Vietnam). Difficile donc de tout suivre dans le détail.

Je ne pensais pas que cette révolte au Tibet occuperait si longtemps les journalistes. J'ai effectivement été contacté par quelques uns d'entre-eux, mais ayant quitté les lieux du drame, je les intéresse moyennement. J'ai cependant fait un passage sur Europe1 (dans les archives du 19 Mars, diffusé dans les journaux de 05h30 et 07h00).

Pour ce que j'en ai percu, les journalistes semblent surtout préoccupés de savoir comment l'armée chinoise a écrabouillé les manifestants avec ses chars d'assault, et si les tibétains sont en train de contester le Dalai Lama. Mais plus on creuse, et moins les choses sont simples.

La barriere de la langue est bien réelle en Chine, alors il est difficile de savoir comment ils percoivent ces évenements. Des étrangers installés a Xi'an depuis quelques années étaient tres curieux de savoir ce que j'avais vu a Lhassa. Ils ne savent pas grand chose en fait. Ils m'ont dit que les images diffusées a la TV ont été soigeusement choisies. On n'a vu que des tibétains saccager des boutiques. Pas une seule image de militaire dans les rues, et encore moins de blindé.

Sans surprise, les chinois se considerent comme les gentils, victimes d'une manipulation a leur égard. C'est certainement vrai, reste a savoir qui manipule qui. Lorsque j'étais au Népal, j'avais sympatisé avec des tibétaines réfugiées. On en est bien sur arrivé a parler de la situation avec la Chine. Je leurs avait demandé si elles détestaient les chinois, la réponse fut surprenante. Les Chinois sont autant victimes que nous de leur gouvernement.

Il n'est pas surprenant que les Chinois se considerent comme les vraies victimes de l'histoire, c'est un sentiment humain naturel. Nous memes, francais, lors des troubles en Cote d'Ivoire il y a quelques temps, je ne me souviens pas que nous nous soyons demandés pourquoi les Ivoiriens s'étaient mis a pourchasser nos compatriotes dans les rues, alors que nous avions librement acces a une information internationnale. Alors comment pourrait-il en etre autrement dans un pays sous censure et propagande?

Au sujet de l'implication du Dalai Lama dans ces troubles, j'avais demandé aux tibétaines rencontrées a Lhassa s'il y avait une sorte d'armée de libération du Tibet. Elles m'ont répondu que non, qu'il n'y avait aucune structuration. Quand un tibétain se rebelle, les autres viennent l'aider spontanément. Et c'est bien le sentiment que j'ai eu : un soulevement populaire (pas que les jeunes), pas vraiment structuré, et assez brouillon pour tout dire.

Peut etre que la manifestation initiale des moines était une opération préparée et planifiée par je ne sais qui (sur internet, on parle du Dalai Lama, mais aussi de la CIA...), mais en ce qui me concerne je suis persuadé que le soulevement qui a suivit leur répression était spontané. Je n'ai pas grand chose d'autre a ajouter a mon témoignage. L'article que j'ai lu et qui résume le mieux la situation telle que je l'ai percue est Le Tibet, perle de Pékin.

Sur un autre tres bon article de Rue 89, on peut lire: La culture tibétaine est aujourd'hui menacée de reste l'apanage de la religion et de traditions folklorisées à destination du tourisme, tant chinois qu'international. Je pense que c'est vraiment le sentiment qui domine, et qui crée le désespoir chez les tibétains. Il suffit de visiter le Potala, ce grand temple a Lhassa, ancienne demeure du Dalai Lama, pour se rendre compte de la farce que c'est devenu. Les moines ne sont meme plus habillés comme des moines, le temple est déserté, sans ame.

Mon sentiment est que les tibétains ont parfaitement conscience de cette situation, qu'elle les effraie, qu'ils sentent leur culture disparaitre, et je ne serais pas surpris qu'ils se radicalisent de plus en plus. Car quit a aller en prison pour 15 ans, autant y aller pour un motif valable.

par Aurélien
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Samedi 15 mars 2008
undefinedPour le dernier jour de visite a Lhassa, capitale du Tibet, nous sommes allés le matin visiter le temple de Jokhang, situé en pleine ville sur la place de Barkhor. Ambiance tres fervente, beaucoup de pélerins sont présents pour venir prier devant une statue tres importante. De tous les monasteres visités, c'est celui que j'ai preféré. La visite terminée, je pars manger de mon coté. Dans la rue, les magasins ferment boutique les uns apres les autres. Mouai, bizarre. Mais bon, j'arrive dans la rue ou se trouve mon boui-boui préféré : chouette, il est toujours ouvert.

Le fait que les autres boutiques de la rue aient baissé le rideau de fer ne m'inquiete pas. J'ai déja assisté à une scene du genre a Bombay, pour protester contre l'assassinat d'un prêtre dans un temple. Je me dis qu'ici ils doivent aussi faire une sorte de greve.

Le temps de manger, et de remonter un peu la rue pour voir ce qui se passe, je me retrouve plongé en pleine action. Dans la rue, il y a plusieurs attroupements. Tout le monde reste comme cela, à regarder la rue sans circulation, paisiblement. De temps en temps, tout le monde se met à japper et aboyer, et a courir pour aller se réfugier dans les artères donnant sur la rue principale. Si tout le monde court, c'est pour ne pas se prendre accidentellement une pierre jetée par ceux d'en face.

undefinedSi ceux d'en face jettent des pierres (ou plutot les pavés), c'est en direction d'un chinois (ou d'une chinoise) qui essaye tant bien que mal de redescendre la rue, pour se sauver. Il arrive aussi qu'un insouciant viennent s'aventurer tout seul en scooter ou en moto, en plein milieu de la rue. A chaque fois, il n'a pas fallu plus de 10 secondes pour qu'il se fasse lyncher. Les voitures subissent le même traitement.

J'ai ainsi assisté en une heure à une dizaine de lynchages et de rixes, parfois par un groupe de 20 tibétains poursuivant et passant a tabac un chinois. Les scooters récupérés sont placés au milieu de la rue et incendiés. Rapidement, le nombre de buchers augmente. Le nombre de personnes dans les rues aussi. La tension monte encore d'un cran, et vient le moment de s'attaquer aux boutiques chinoises : quelques minutes suffisent pour défoncer leur rideau de fer et bruler leur contenu au milieu de la rue. Ambiance guerre civile.

Moi, je redescent prudemment vers l'hotel, en empruntant les dédales de rues parallèles. De temps en temps je suis obligé de continuer mon chemin sur cette avenue principale, jusqu'a arriver à un point limite ou je ne peux plus progresser : le bout de la rue, situé à moins de 150 mètres, est bloqué.

undefinedEn tant que touriste, je ne me suis pas senti en danger du tout. Toutes ces personnes dans la rue sont des tibétains. Ils en veulent clairement aux chinois, mais les étrangers n'ont rien a craindre, à part les pierres perdues et les projections. Ce qui m'inquiète davantage est la réaction chinoise. L'armée se rapproche et encercle progressivement le quartier. On entend les chars circuler, l'eau et l'électricité sont coupés dans tout le quartier (pour toute la nuit).

A peu près au même moment, à 200 mètres de là, les 23 autres touristes avec lequel je suis venu au Tibet sont tous réunis à l'hotel. Cet hotel finit par se retrouver en première ligne : des pavés sont lancés sur le toit et contre sa facade, blessant un touriste au visage. Le batiment d'en face s'enflamme, une voiture garée juste à coté est incendiée. La fumée degagée gagne l'établissement : on croit que l'hotel prend feu, c'est la panique. C'est d'autant plus la panique que tout le monde se demande ou est le French guy. On parle d'évacuation, certains veulent partir tout de suite, d'autre veulent attendre qu'on m'ai retrouvé, on se demande si je ne suis pas mort.

undefinedMais tout allait bien pour moi, je mangeais tranquillement du Tsampa et buvait le thé en compagnie de 5 tibétaines. Au milieu de l'agitation, l'une d'entre elle s'était mise a m'expliquer en pleurs pourquoi tout ceci arrive. C'est a cause des moines. Ce n'est pas dans notre culture d'être violent, mais la on n'a pas le choix, c'est a cause des moines. La tension s'accentuant, nous allons nous réfugier chez l'une d'entre elles, afin de poursuivre la conversation. Je vais passer environ deux heures en leur compagnie.

Elles m'expliquent que les tibétains ont perdu tous leurs temples, et qu'en perdant leurs temples ils perdent leur histoire. Notre culture est transmise oralement, et les seuls a archiver et concerver par écrit tout ce qui constitue le peuple tibétain sont les moines, dans les monasteres. En détruisant les temples et en assassinant/emprisonant les moines, les chinois nous détruisent. Ils ont détruit plus de 1000 monasteres, et tout leur contenu a auparavant été pillé et se trouve maintenant hors du Tibet, en Chine.

Ils nous enseignent comment devenir riche, pour eux le business est ce qu'il a de le plus important. Mais pour nous le plus important c'est la religion. Ce n'est pas dans notre mentalite d'être riche, parce que cela veut dire qu'on prend trop d'argent aux autres, et dans notre culture, les autres sont plus importants que soi meme. Les tibetains sont certes content d'avoir de meilleurs vetements, mais la chose vraiment importante est la religion. On ne veut pas être riches, on veut être libres.

undefinedDepuis le nouvel an tibétain (en Février), il y aurait eu 500 moines emprisonnés, alors il était prévisible que la population se souleve. Je leur demande s'ils veulent et esperent toujours être libres, si cette volonté n'a pas été égratigné par le temps. Aujourd'hui, on veut toujours un Tibet libre, on est tres motivés, peut être plus qu'avant. Quand le Dalai Lama a été decoré aux Etats Unis l'année derniere, le gouvernement chinois nous a interdit de porter nos vetements tibétains, il fallait être habillé a la chinoise. On ne pouvait meme plus s'habiller comme on voulait.

Ma premiere impression en arrivant a Lhassa a été la surprise : c'est une ville tres moderne et développée. Tout semble neuf, nouvellement construit. Et c'est le cas : la ville a été entierement transformée depuis 10 ans. Il y reigne une atmosphere de ville high tech sortie de nulle part. Les chinois construisent de belles routes, ils se vantent dans leur propagante de depenser beaucoup d'argent pour les tibétains. Mais ils ne disent pas qu'ils nous prennent aussi tout ce qu'on possede. Chaque année des milliers de touristes payent tres cher les entrées de nos monasteres, et tout cet argent vas aux chinois.

Dans Lhassa, la plupart des boutiques sont tenues par des chinois, qui arbitrent donc le marché de l'emploi. En particulier, un critere important pour avoir un emploi est de parler chinois. Si on apprend le Chinois, on peut avoir un bon emploi et un bon salaire. Mais ils n'aiment pas qu'on parle anglais. C'est un probleme pour ceux qui reviennent d'Inde et y ont appris l'anglais : il leur est difficile d'avoir un boulot. Du coup, beaucoup de tibetains ont du apprendre le chinois. Mais on ne sait que le parler, pas le lire.

undefinedDepuis 2007, un important projet ferroviaire reliant Lhassa a Pekin a été achevé. Il s'agit du plus haut train du monde, que certains occidentaux avaient qualifié d'irréalisable. Ce train, fierté du regime, est extremement controversé. Il sert en particulier a faciliter le pillage du sol tibétain. Mais ce n'est pas ce qui dérange le plus les tibetains, oh non. Ils sont davantage précuppés par les milliers de colons chinois supplémentaires qui debarquent depuis que ce train existe.

Maintenant, dans Lhassa, la majorité des gens sont chinois. Partout, il n'y a que des chinois. Et avec le controle des natalités, on ne peut avoir qu'un ou deux enfants maximum, sinon il faut payer au gouvernement. Eux, ils arrivent chaque année par dizaines de milliers. On a le sentiment d'être ensevelis.

Tout ce qu'ils construisent, c'est dans le style chinois. A la télévision, des spots nous encouragent a construire de nouvelles maisons, en nous disant qu'en retour on percevra de l'argent. Mais ce sont des mensonges, on touche moins d'argent que ce qui est annoncé, et ils racontent ensuite que ce sont les chinois qui financent et construisent nos maisons, et qu'il faut donc être reconnaissant envers eux et les respecter. On est très en colère contre ca aussi.

Je leur demande si elles ont des amis chinois : aucune des cinq filles n'en n'a. Les tibétains et les chinois ne se mélangent pas. On reconnait les chinois à leurs visages et aussi leur facon de s'habiller.

undefinedHier, dans la rue, les chinois ainsi identifiés ont passé un sale quart d'heure. Il y a eu des morts, mais il est difficile de dire combien. Les émeutes auraient fait plus de 100 morts selon certaines sources. Chaque année il y aurait des protestations, mais il n'y a rien eu de tel depuis 20 ans. Il faut dire qu'au Tibet, il est tres risqué de protester. Le fait de posséder une photo du Dalai Laima peut vous envoyer en prison ou aux travaux forcés pour une durée inimaginable. Et quand les chinois vous relachent, ils ont fait en sorte que vous ne puissiez plus être nuisibles.

Dans un restaurant dans la rue, il y a un tibetain si tu le vois tu vas te dire qu'il est stupide. Mais avant, quand il était jeune, il était tres brillant, tres cultivé, et tres doué pour la peinture. Un jour il s'est fait prendre par la police parce qu'il paignait un drapeau tibétain. Il a été en prison pendant 13 ans. Il y a subit un lavage de cerveau, et a été torturé a l'électricité. Il en est ressorti complètement abruti, et ne se souvient plus de rien.

Les tibétains se méfient des chinois, ils ont peur d'être dénoncés. Le gouvernement appelle a la délation, et on trouve de plus en plus de caméras. Dans les temples en particulier, on a eu l'occasion d'en voir beaucoup. C'est comme cela qu'ils controlent ce qui se passe dans les monasteres, et que ces lieux sont devenus dangereux pour les tibetains, et plus particulierement les moines qui y vivent.

Avant de partir, je leur demande ce qu'elles pensent du fait que nous, les touristes, devions payer grassement le gouvernement chinois pour venir au Tibet depuis le Nepal. Il faut en effet acheter un package aupres d'une agence specialisée, et l'ensemble coute plus de $400. En consequences, la visite du Tibet depuis le Népal est sujette a controverse. Cela ne nous pose pas de probleme, on est content de voir des touristes.

undefinedNous retournons a nouveau dans la rue. Au loin, on peut voir les CRS chinois former un cordon protégeant les pompiers, au moyen de gaz lacrymogene. On attendra encore un peu que la situation se calme. J'aurais l'occasion de discuter brievement avec un autre tibétain parlant tres bien anglais. Il faut obeir, obeir, obeir. On en a raz le bol. Si seulement j'avais des armes on pourrait faire plus, mais on a rien, on a que nos mains. Les JO approchent, on veut faire en sorte qu'ils soient annulés. On veut fouttre les chinois dehors.

La volonte des tibétains a être libres est donc toujours aussi forte, peut être meme plus depuis l'accélération de la colonisation chinoise ces dernieres années. Dans un meme pays, dans une meme ville, il y a clairement deux catégories de personnes qui se cotoient mais ne se mélangent pas. La méfiance et la colere refoulée prédominent dans les relations sociales. Le gouvernement chinois dénonce la mort de chinois innocents. Et c'est vrai : les chinois lynchés et ceux dont les boutiques ont été saccagées étaient peut être des gens remarquables. Mais en assistant à ce déchainement populaire, j'ai compris que dans ce genre de situations il n'y a plus de gentil et plus de méchants. C'est Tibétain contre Chinois. Ces chinois victimes des Tibétains sont aussi victimes de la politique de leur propre gouvernement. Les Tibétains esperent bien que les chinois auront maintenant peur de venir s'installer au Tibet.

Le calme revenu, j'ai traversé la rue, en ayant au préalable mis dans ma poche la carte memoire de mon appareil photo. Ma principale crainte durant tout ce temps était en effet de me faire saisir mes photos et qu'elles servent a identifier des manifestants. En arrivant a l'hotel, je suis surpris de voir que son entrée a été saccagée, je pensais pas que les émeutes etaient allaient jsuque la. Je monte dans ma chambre, et je constate que toutes mes affaires ont été rangées dans mon sac. Le sac de celui qui partage ma chambre n'est pas la. Je me dis qu'ils ont été evacués.

undefinedC'est donc avec le sourire que je les retrouve dans le grand salon, ou j'arrive les mains dans les poches. Grand soulagement général, ca a ete la panique ici. Certains ont eu la peur de leur vie. Moi j'ai du mal a partager leur inquiétude. Au fond de moi, je suis content d'avoir vecu tout cela. Car j'étais tres décu et frustré de ne pas avoir pu cotoyer la population locale. Je pensais payer mon package et ensuite pouvoir me ballader librement, mais non, on ne peut circuler nulle part autrement qu'en jeep privée avec chauffeur.

J'avais l'impression d'avoir fait un safari photo : traverser plus de 1100 Km d'un pays sans pouvoir ressentir un peu ce qui s'y passe (la barriere de la langue est aussi une raison). Alors pouvoir ainsi vivre et discuter du coeur du probleme, j'étais vraiment heureux, et me considerais extremement chanceux.

Aujourd'hui on a du attendre l'escorte de police toute la matinée, en consequences j'ai raté mon train. On a tout de meme pu bouger cet apres-midi et prendre un nouveau ticket. Demain matin, la moitié d'entre nous quittons Lhassa via 36 heures de train. Je me dépeche ce soir de rédiger ce billet. Je ne peux pas vraiment me relire ni meme verifier certains liens que je donne. En particulier ceux sur wikipedia, car ce site (et beaucoup d'autres) est censuré en Chine. De meme, si je peux rédiger mon blog, il m'est impossible de visualiser le resultat en ligne. Désole donc si c'est un peu brouillon.
par Aurélien
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Vendredi 7 mars 2008

undefinedCe Jeudi 6 et Vendredi 7 Mars 2008 (23 et 24 Falgun 2064 dans le calendrier Nepalais), c'était la Shivaratri, c.a.d la nuit de Shiva, un important dieu hindou dont on célèbre le mariage avec Parvati.  Pour info, Shiva et Parvati sont les parents de Ganesh, le dieu à tête d'élephant, aussi célèbre que populaire.

A Katmandou, les enfants ont passé leur journée à tendre des cordes en travers de la route pour forcer les véhicules à s'arrêter, afin de les ranconner de quelques roupies. C'est aussi l'occasion pour les sadhus de se réunir en nombre, en particulier dans le temple de Pashupatinath, le plus grand du Népal.

undefinedJe m'y suis rendu la nuit tombée. Je me suis extasié un certains temps devant les buchers de crémation, jusqu'à ce que les pleurs des familles me rappellent qu'il s'agit d'obsèques. Je me suis alors rendu dans un espace réservé aux sadhus. Ce fut une rencontre pour le moins stupéfiante. Des dizaines de bonhomes sont assis en petits groupes autour de feux de camp, et célèbrent comme il se doit Lord Shiva en tirant bien fort sur un gros joint. De temps en temps il y en a un qui lance tout haut une complainte que tout le monde poursuit en choeur, un genre de A la santé de Shiva, si j'ai bien compris.

Car une des particularités de Shiva est que sa boisson préférée est censée être le Bhang Lassi, une sorte de yaourt-milkshake au cannabis. Alors juste pour ces deux jours, les autorités ferment les yeux sur sa consommation. C'est quand même marrant de lire en première page de The Himalayan Times que la police se glorifie d'avoir saisi 20 Kg de hashish quelque part au Népal, et en dernière page que l'on peut aller faire tourner un pétard en plein Katmandou en bonne compagnie. Parce que la tradition veut aussi qu'on boive un petit coup de rokshi (un alcool a base de maïs et de riz) - ben ouai, tant qu'à faire.

Mais perpétuer les rites religieux avec les sadhus n'est pas gratuit, ah ca non. Les sadhus sont avant tout des mendiants, et ils ne tardent pas à vous le rappeler. Pour eux, Shivaratri est avant tout un good business day. Pour les enfants aussi, car le soir tombé, ils enchainent par la tournée des restaurants, en chantonnant un refrain qui n'est pas sans évoquer le trick-or-treating de Halloween. Si j'ai bien compris, la chansonnette serait du genre Shiva a froid, Shiva a faim, donnez-nous quelque chose pour qu'on le nourrise et le réchauffe. Enfin bon, quelque chose du genre.

undefinedLe lendemain, en me balladant au milieu des très nombreux temples médiévaux, une fillette est venue spontanement me servir de guide. J'ai beau l'avoir mise en garde que je n'avais pas d'argent, elle a continué à m'accompagner en me récitant par coeur l'histoire des monuments, et en me demandant de la prendre en photo, sans jamais me demander d'argent. Enfin bon, elle parviendra tout de meme à se faire payer un paquet de chips.

Elle m'expliquera que la journée aura été profitable, car elle et ses amis ont récolté 100 Rs chacun (1.1 euros). "Wahou, c'est bien. Et qu'est-ce que tu vas t'acheter avec ces sous?" "Rien, je les ai donné à ma maman, elle n'a pas d'emploi." Bon, au moins elle va à l'école, et parle déja tres bien anglais. Avec un peu de chance, elle sera peut être docteur quand elle sera grande, comme elle aimerait.

undefinedUne femme docteur, rien ne semble s'y opposer. A Katmandou, pour la première fois de ma vie, j'ai vu des femmes conduire un touk-touk. Et pas n'importe quel genre de touk-touk : la plupart des Kathmandu Tuk Tuk sont électriques! Pour 20 fois moins cher qu'un taxi, j'ai pu me rendre dans les coins touristiques de la capitale et de ses alentours. Il y a en particulier 2 temples à visiter : le temple hindou dont j'ai parlé au début, et un autre bouddhiste. Les deux sont les plus grands du pays dans leur genre.

Le temple bouddhiste est en fait un stupa, c.a.d une sorte de gros monument circulaire autour duquel, eh bien, on circule. Mais pas dans n'importe comment : uniquement dans le sens des aiguilles du montre. Je suppose que c'est pour ne pas avoir de contre temps...

Le stupa de Bodhnath est célebre pour être le plus grand du Népal. Comme tout stupa, il possède 13 niveaux symbolisant les différentes étapes de la réalisation spirituelle. Pour l'annecdote, on le retrouve croqué par Hergé dans Tintin au Tibet, car, voyez-vous donc, Tintin au Tibet ne se déroule pas au Tibet, mais au Népal. C'était pour l'annecdote.

undefinedLe stupa de Bodhnath est aussi un lieu traditionnel de prière avant d'entreprendre un voyage dans l'Himalaya, en particulier vers le Tibet. Comme je m'apprête a partir au Tibet, je suis content d'apprendre que je suis venu au bon endroit pour recevoir la bénédiction.

En quittant ce lieu, j'emprunte un chemin un peu au hasard, et en passant devant une petite entrée qui ne paie pas de mine, je suis interpelé par des sons d'instrument très graves. D'un pas hésitant, je finis par entrer dans ce qui semble être un monastere tibétain, je ne sais pas lequel. On me fait signe que tout est ok. Bon ben au moins, les tibétains sont plus relax que les hindous qui n'acceptent pas les touristes dans leurs temples.

Je traverse une cours en direction d'un batiment à l'entrée duquel des moines me recoivent. Je me déchausse, bois quelques gouttes d'eau et on me jette un petit caillou sur le derrière de la tête. "Maintenant tu es pur, tu peux entrer". A ce stade, je me dis déja que j'ai bien fait de venir.

undefinedJe me présente donc devant le rideau qui sert de porte, et le soulève pour passer... Et là, je reste bouche bée plusieurs secondes. J'ai l'impression de débarquer en plein tournage de 7 ans au Tibet ou autre film du genre. Des dizaines de moines sont assis, et célèbrent je ne sais pas trop quoi. Mais en tous cas ils le célèbrent bien.

Divers instruments de musique accompagnent leurs psalmodies. De temps en temps, ils se mettent à jouer et chanter tous ensemble : ca fait son petit effet, vraiment. En tous cas, moi, je rasais les murs. J'ai pas trop osé mitrailler de photos bien qu'on m'ai autorisé, alors j'ai juste une petite vidéo de qualité moyenne à vous proposer, pour vous faire une idée.

La veille de partir pour le Tibet, ca donne un avant gout prometteur. C'etait donc mon dernier soir à Katmandou. Pour conclure cette étape Népalaise d'une manière un peu moins déprimante que mon précédent billet, j'ai mis en ligne une autre sélection de photos prises dans la capitale. Pas mal de personnes n'ont pas aimé cette ville trop bruyante et polluée. Venant d'Inde, je n'ai pas été particulièrement choqué.

A vrai dire, j'ai bien aimé cette ville. C'est pas vraiment l'endroit idéal pour s'occuper passé 21h, mais découvrir la vieille ville médiévale en se mélant à la population locale et en pleine obscurité (à cause des coupures d'électricité), j'ai trouvé ca plutot chouette. En fait, si depuis le Taj Mahal, j'en avais un peu ras le bol de visiter ce que tout le monde est censé visiter, Katmandou m'a redonné le gout de jouer les touristes - pour combien de temps, on verra bien.

par Aurélien publié dans : Lieux visités
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