Passeport V.I.E : voyage au bout de soi-même!

Publié le par Aurélien

J'en avais parlé brièvement, je suis parti travailler en Inde dans le cadre d'un contrat V.I.E. A ce sujet, un jeu concours a été organisé afin d'encourager les anciens V.I.E comme moi à témoigner de leur expérience. Des billets d'avion sont à gagner, ce qui m'a motivé à réfléchir à ce que m'a apporté ce contrat. Je copie-colle ici aussi le texte que j'ai rédigé.

Un peu comme les États Unis envoient leurs G.I. conquérir le monde, la France envoie ses V.I. conquérir de nouveaux marchés. Ainsi, une fois son lieu d'affectation connu, le jeune V.I. prépare son sac et saute dans l'avion vivre l'aventure, peut être à la manière de Rimbaud.

V pour Volontaire. Le V.I. s'adresse aux volontaires, c'est un appel aux jeunes citoyens de bonne volonté. Volonté se dépasser, volonté de relever des défis, volonté d'aller plus loin.

 

I, pour International. Le V.I. ne tient pas en place. Une mission en métropole, aussi intéressante soit-elle, ne peut pas satisfaire son désir de se confronter au monde dans son ensemble. Si l'inconnu fait peur à certains, ce n'est pas le cas du V.I. Au contraire, se confronter à l'inconnu c'est sa raison d'être, sa raison d'être volontaire. 

 

Mais ce que le V.I. ne sait pas encore, c'est qu'il ne va pas à l'autre bout de la planète uniquement pour accomplir sa mission. Il ne va pas non plus se frotter à l'inconnu comme simple remède à l'ennui. En réalité, ce qu'il part chercher parfois à l'autre bout du monde, ce n'est rien d'autre que lui même. S'il va se frotter à l'inconnu, c'est pour apprendre à mieux se connaître. Sa mission n'est qu'un moyen, qu'un début, et certainement pas la fin.

 

Depuis longtemps, j'avais envie de m'expatrier dans un pays anglophone, officiellement pour parfaire mon anglais, officieusement pour donner un nouveau souffle à mon quotidien. Mes 25 ans approchant, j'estimais qu'il était temps de me pencher sérieusement sur le sujte. Mais trouver un poste à l'étranger depuis la France, ce n'est pas facile. Comment concilier désir de voyager et envie de ne pas sacrifier son expérience professionnelle? En faisant un V.I.E bien sûr!

 

Après plusieurs semaines de recherche et quelques échecs, voilà que la chance me sourit. Une offre sur mesure tombe du ciel directement sur civiweb. Le profil recherché, c'est le miens, aucun doute. Le pays d'affectation, c'est l'Inde. Ah, tiens, l'Inde. Ce pays ne m'avait jamais attiré, je ne m'étais jamais imaginé partir travailler là bas. Mais avec l'encadrement du contrat V.I.E, cela change tout. Je me recule sur ma chaise, réfléchis deux minutes... L'Inde, et pourquoi pas?

 

Oui, l'Inde, pourquoi pas? Mon petit projet personnel de mieux maîtriser l'anglais devient un projet beaucoup plus riche, celui de vivre une expérience forte et inoubliable qui me marquera profondément. Volontaire? Je le suis! À l'International? Bien évidemment! En Entreprise? C'est parti!

 

En avant pour l'aventure! 

Le 2 Janvier 2007, mon avion se pose à Paris CDG, en provenance de l'aéroport JFK de New York, où je suis allé fêter cette folle année 2007 qui s'annonce. Il y a eu une tempête de neige à Détroit, et mon vol initial a été annulé. Du coup je suis arrivé trop tard à la journée d'intégration des V.I.du mois de Janvier. Qu'à cela ne tienne. Avant de partir, j'ai rencontré un de mes futur collègues V.I.E, et il a pris l'initiative de signer pour moi sur le registre de présence. Ni vu ni connu, je peux démarrer ma mission dans les temps, ouf ! C'est cela aussi les V.I : des jeunes à l'esprit d'initiative, de nouveaux camarades d'aventure sur lesquels on peut compter.

 

Et puis c'est l'heure du grand départ, direction Chennai, au sud de l'Inde. Ma nouvelle entreprise travaille dans le secteur de l'informatique. Nous éditons un logiciel de textile. Le but de notre mission est de monter une équipe indienne en soutient. On sait que ces derniers sont réputés en matière de développements informatiques. Quoi de mieux qu'un logiciel de textile pour tisser des liens avec eux?

 

 

L'Inde, c'est plus de 6 fois la France en terme de superficie, et un peu plus de 1.1 milliards d'âmes qui y vivent. Comme m'a dit un jour un Indien : « 28 états, 3000 langues, mais une seule Inde! ». Voilà qui illustre à merveille la devise de l'Union Européenne : « Unis dans la diversité ». Tous différents, mais tous pareils.

 

Les indiens sont différents de nous, oh ça pas de doute. Il faut tout réapprendre. En posant le pied sur ce nouveau sol, je ne sais même plus boire. Ici, porter un verre à la bouche est malpoli. C'est malpoli parce que le même verre sert à plusieurs personnes. Alors il faut boire à la régalade, en essayant de faire aussi bien que les indiens, capables d'avaler un demi-litre d'eau d'une seule traite, la tête constament inclinée en arrière. Les premières tentatives conduisent invariablement à s'en renverser partout, autant dire qu'on boit à la rigolade.

 

La première partie de notre séjour en Inde s'est déroulée à Salem, une ville complètement ignorée des touristes au milieu du Tamil Nadu. C'est une ville typique indienne de 700.000 habitants, ce qui n'est pas vraiment grand pour l'Inde. Malgré tout il n'y a pas grand chose à y faire, et on a vite fait de s'y ennuyer.

 

A Salem, il n'y a pratiquement aucun blanc. Alors un jeune occidental qui se promène dans les rues, ça ne passe pas inaperçu. Surtout que les indiens sont d'un naturel curieux. Ils viennent facilement vous parler, et vous avez alors systématiquement droit au Trio Élémentaire des Questions Indiennes, ou TEQI : D'où viens-tu ? Que fais-tu ici ? Où vis-tu ?

 

Au bout de deux mois et demi à Salem, le projet est recentré sur les développements en France. À notre grande déception, l'idée de monter une équipe indienne est abandonnée. Les nombreuses difficultés inhérentes à ce genre d'aventure ont eu raison de notre enthousiasme. Problèmes de recrutement, de différences culturelles, d'éloignement géographique, de logistique, de bureaucratie, etc... tout cela fait trop d'un coup pour une PME.

 

Ainsi, sur le plan professionnel, ce V.I.E a aussi été un apprentissage de l'échec. « That's life! » m'a dit le directeur d'une importante société de services en informatique de Chennai que j'étais allé voir à titre personnel. Durant notre longue discussion, il m'avait expliqué que pour que l'outsourcing soit réussi, il doit être basé sur la confiance mutuelle des partenaires, qui doivent partager une vision sur le long terme. Il est en effet courant que deux années soient nécessaires pour commencer à rentabiliser l'investissement. Il a aussi beaucoup insisté sur les compétences et l'expérience de son entreprise, qui sont à prendre davantage en considération que la simple dimension économique.

 

Il aurait donc peut être fallu faire davantage confiance aux indiens et à leur savoir faire en allant traiter avec un partenaire spécialisé plutôt que de se lancer seul dans une telle aventure. Car certaines sociétés de service font un travail remarquable, j'ai pu le constater par moi même. Cette visite a donc été riche d'enseignements, et m'a permis de tirer les leçons de cet échec et de tourner la page.

 

Cette nouvelle tournure de notre projet en Inde a été l'occasion de déménager nos locaux sur Pondicherry, ou plus précisément, à Auroville. Est-ce le hasard qui nous a poussé là? Ou est-ce la magie de l'Inde? Car Auroville n'est pas vraiment une ville comme les autres. Véritablement sortie de terre en 1968, elle se veut une expérience humaine dans le but de développer le modèle communautaire du futur, au dessus des querelles politiques, religieuses ou culturelles. Auroville, un autre exemple d'union dans la diversité, un autre exemple d'appel aux gens de bonne volonté.

 

Où aller ?

 

Auroville intrigue. Avec son énorme dôme en or, sa cuisine collective solaire, ses communautés aux noms originaux, on ne sait pas trop bien quelle étiquette lui coller : ville utopique, communauté spirituelle, écovillage, centre de recherche, refuge pour hippies déchus ou carrément secte, chacun y va de sa petite opinion. Mais la cité de l'aurore nous encourage à lui donner sa chance : dès notre entrée dans la ville, nous sommes invités à laisser nos certitudes de côté. C'est une autre grande leçon de l'Inde : ne pas juger. Moi j'ai fait l'inverse. J'y suis entré avec toutes mes certitudes, et en suis reparti en les laissant de côté.

 

Les six mois qui ont suivi ce déménagement ont été l'occasion de doucement s'initier à la philosophie indienne par osmose, et plus particulièrement à celle qui se trouve derrière le concept d'Auroville, c.a.d la pensé de Sri Aurobindo. La quête d'Auroville est celle de la Vérité. Quelle vérité? se demande tout esprit occidental. La vérité en question se doit d'être personnelle, chacun doit se la construire par lui même, bien loin du prêt à penser et des opinions publiques. En fait, Auroville nous invite à penser outside the box!

 

Au fil du temps, ma vérité a changé, à l'image de ce monde. Rien n'est intemporel, sauf le changement. Il paraît que personne ne va en Inde par hasard, que l'on s'y rend parce que l'on est perdu et que l'on se cherche. Personnellement, quand j'ai posé le pied à Chennai, je savais parfaitement où j'étais, et je savais très bien où j'allais. Mais voilà que le destin en a décidé autrement, et que je me suis perdu une fois sur place!

 

Nouveau départ 

Tout a une fin, sauf la banane qui en a deux. Ainsi, l'Inde devait être l'expérience la plus riche et la plus intense de ma vie. Mais le séjour en Inde s'est transformé en plongeon vers l'Asie, dont le V.I.E a été le tremplin. Si mon contrat s'est bien terminé en décembre 2007 comme prévu, je ne suis en revanche toujours pas rentré en France, neuf mois plus tard. Avec l'argent économisé en Inde, je continue d'aller de plus en plus loin dans mes voyages extérieur et intérieur. Tout en parcourant l'Asie, je me pose de grandes questions sur le pourquoi et le pour qui de tout ce que j'ai fait jusque là. Le TEQI poursuit son oeuvre en somme.

 

Un jour prochain je rentrerai en France. Ce jour là c'est certain, j'aurais profondément changé par rapport à mon départ. J'ai déjà acquis un certain recul sur la vie et une vision d'ensemble que j'étais loin d'avoir avant mon départ. Je pense aussi être devenu moins individualiste et plus mature, ce qui ne sera autant bénéfique à mes futurs employeurs qu'à la société dans son ensemble.

 

Tout cela je le dois à mon nouveau contrat de V.I.E, qui porte bien son nom. Je continue mon périple vers l'Australie, où je ne sais pas ce qui m'attends. Peut être un retour en France, ou peut être un saut en Amérique latine, si vous votez pour que je gagne un billet d'avion!

 

Coeur léger 

 

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dissertation 03/08/2009 09:50

Blogs are so informative where we get lots of information on any topic. Nice job keep it up!!

Lesbegue 30/09/2008 15:37

Salut Aurélien.
Heureux d'avoir de tes nouvelles (elles ont l'air bonnes en plus ...).
Dis-nous si tu gagnes ton billet !

à+,
julien (nouvellement strasbourgeois).

Vero 25/09/2008 23:36

Quel plaisir de vous relire enfin !
Continuez à nous faire partager vos aventures car c'est un vrai régal.