Dimanche 22 juillet 2007
Début Juillet, nous avons cherché à être logés ailleurs que dans la maison que l'entreprise loue comme bureau. Après avoir trouvé une maison de rêve située en plein milieu des champs et des montagnes, nous avons eu la déception de ne pas pouvoir la louer parce que nous étions blancs. Alors, avec le départ de Salem qui se profilait, nous avons trouvé une solution intermédiaire : loger dans une lodge.

cafard.JPGUne lodge, au niveau tarifs, ça se situe entre la guest-house et l'hôtel (7€ la chambre pour 2). Je n'ai pas bien saisi la nuance avec un hôtel, le terme lodge doit juste vouloir dire hôtel pas propre. On a eu le choix entre la chambre qui puait la cigarette et celle qui puait la semoule - on a opté pour la semoule.
Les hôtels, eux, sont on général assez propres. Y'a bien quelques cafards qui vous tiennent compagnie, mais bon, on est en Inde, alors faut faire avec. Les cafards, personnellement, ça me pose pas trop de probleme, sauf peut être quand ils viennent se poser sur vous quand vous dormez (bon, ça m'est arrivé juste une fois, et il était petit).

billets.JPGDonc, après avoir pris les renseignements à la lodge, nous y sommes retournés pour prendre la chambre qui sentait la semoule. Elle avait soit disant été nettoyée, mais bon, ça puait au moins autant, et y'avait toujours ces drôles de taches sur nos draps. Nous avions bien pris soin d'emporter des sacs avec nous, meme si on comptait retourner s'y installer le soir.
Car dans le Tamil Nadu (et peut être ailleurs), il existe une loi qui autorise les hôteliers à ne pas vous louer de chambre si vous n'avez pas de sac. Mon boss s'en est aperçu a ses dépends le jour où il est allé récupérer ses affaires arrivées par bateau :

  •  
  • On va vous montrer votre chambre... Ou est votre sac ? 
  • Je n'ai pas de sac 
  • Vous n'avez pas de sac ? 
  • Non... 
  • Pas de sac, pas de chambre!

Il rouspète, etc... Mais le bonhomme ne veut rien entendre. Alors il part chercher un autre hôtel, mais bien sûr ils sont tous complets. Il a d'abord la mauvaise idée de demander de l'aide aux policiers, qui lui feront simplement perdre du temps (mais pas d'argent, c'est toujours ça). Puis il décide d'acheter un petit sac dans une boutique, qu'il fait bourrer de cartons (on imagine la tête du vendeur...), et retourne au même hôtel, avec son nouveau sac au dos et la bouche en coeur :

  •  
  • Bonsoir monsieur, que puis-je pour vous ? 
  • Booonsoooiiiiir, je voudrais une chambre pour la nuit 
  • Aaahhhh désolé monsieur, mais nous sommes complets 
  • Mais il y a pourtant plein de clés libres sur le panneau derrière vous 
  • Aaahhh non non non, désolé monsieur, nous n'avons plus de chambres

Finalement, le ton monte un peu, et l'hôtelier finit à contre-coeur par lui louer une chambre.

Mais alors, pourquoi tout ce cinéma ? Eh bien, la réponse est aussi simple qu'elle est surprenante : c'est de la superstition. Si vous venez louer une chambre alors que vous n'avez pas de sac, les tamouls pensent que c'est pour vous suicider. Donc pas de sac, pas de chambre!
par Aurélien publié dans : Différences culturelles
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Vendredi 15 juin 2007
Depuis que je suis en Inde, je me demande comment les indiens font pour s'amuser. Il semblerait qu'ils passent leur vie à se coucher et se lever tot, sans rien faire pour se distraire. On m'a expliqué qu'ils n'ont pas notre culture de l'amusement. Mais ce soir, je crois que j'ai enfin trouvé une réponse. Quand un indien veut s'éclater, il ne va pas danser en discothèque, non, il va au cinéma.

affiche.jpgAujourd'hui, vendredi 15 Juin, c'était la sortie d'un film très très attendu : Sivaji, The Boss. Je ne sais pas depuis combien de temps il est annoncé, mais j'en entends parler depuis que je suis arrivé, il y a 1 mois et demi.

L'acteur principal est une super star : Rajinikanth. Un indien m'a expliqué que les scénaristes ne pouvaient pas lui confier un rôle où il finirait mort, car ce serait l'émeute assurée. Alors on lui a confectionné un rôle à la mesure de son prestige. Sivaji, The Boss est en effet le film qui a reçu le budget le plus élevé de toute l'histoire du cinéma indien!


spectateurs.jpgPas question de rater une telle sortie. Alors hier soir, on est allé acheter des places au marché noir (300 roupies la place, ça doit être au moins 10 fois le prix) pour voir à quoi ressemble une super production locale.

Et on n'a pas éte déçus. La sortie de ce film est je pense au moins comparable à celle d'un film comme Starwars : c'était vraiment la follie.
Déjà, quand on est entré dans la salle, et que les indiens ont apperçu nos deux têtes de blancs, on a eu droit à une véritable ovation de toute la salle (des hommes a 95%). Le ton était donné.

Mais alors quand le film a démarré, ca a vraiment été la follie. Tout le monde criait et sifflait, certains se levaient et faisaient tourner leur T-shirt en l'air, bref, une véritable ambiance de salle surchauffée.

Petit aperçu du moment où les lumières se sont éteintes : 



Le film a duré un peu plus de 3 heures, avec une entracte. C'était un mélange de Matrix, de Tigre et Dragon et de Grease. Il y avait aussi de petites scènes d'humour à la Pierre Richard, et beaucoup de baston bien sûr.

De temps en temps le film est en quelque sorte interrompu par le clip d'une chanson : 



Il s'agit en fait des meilleurs moments. J'ai été le premier surpris de vraiment adorer ces passages musicaux. L'actrice principale dansait comme une déesse, les décors étaient magnifiques, la musique vraiment excellente, et les effets spéciaux se mêlaient habilement aux chorégraphies élaborées.

Tout cela mélangé avec l'ambiance surexcitée du public, et bien c'était simplement grandiose. Ce sont ces passages que j'ai de loin le plus aimé. Je dois cependant avouer que ne rien comprendre aux dialogues (le film étant en tamoul) n'aide pas a se passionner pour l'intrigue.

Force est donc de reconnaitre que The Boss mérite bien son titre, et que le cinéma indien m'a très aggréablement surpris.
par Aurélien publié dans : Différences culturelles
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Mardi 29 mai 2007
Il y a quelques jours, j'ai découvert près de la maison l'équivalent local de la FNAC. En terme de superficie et de choix, il tient difficilement la comparaison, mais pour le reste, c'est tout à fait respectable : magasin tout neuf, tout prope, climatisé, avec librairie, papeterie, CD originaux, etc...

J'ai entre autre acheté un CD-ROM contenant des histoires animées pour les enfants, avec possibilité de choisir entre l'Anglais ou le Tamoul, pour 99 roupies (2€). Malheureusement ce n'est pas sous-titré, donc mon idée de m'en servir comme support pour tenter de comprendre quelque chose au Tamoul tombe à l'eau. Mais j'ai quand même regardé les histoires avec lesquelles les parents tamouls divertissent et éduquent leurs braves petits. Et je crois avoir mis le doigt sur ce qu'on appelle une différence culturelle.

Voici mon histoire préférée : La tortue stupide.

foolish-turtle.JPG
Il était une fois une tortue qui était copine avec 2 oies. Un jour, à cause de la sécheresse, sa survie fut menacée. Alors elle demanda à ses amies de l'emmener dans un endroit lointain plus clément.

Les oies mettèrent en garde la tortue qu'elle risquait de lâcher prise durant son voyage et donc de finir écrasée sur le sol. Mais notre cher reptile leur assura que jamais elle ne ferait queque chose de si stupide.


foolish-turtle-2.JPG
Nos trois amis s'envolèrent donc à travers champs et comtés, provoquant l'admiration des badauds, qui ne manquèrent pas d'acclamer bruyamment ce trio volant.



Tout ce tumulte déplut fortement à la tortue qui ne manqua de protester verbalement. Ce faisant, elle lâcha prise, et donna raison à ses amies en allant s'écraser lamentablement sur le sol.


Une morale vient alors clore l'histoire : Nous devrions réfléchir avant de faire quelque chose.

we-should-think.JPG
Le CD-ROM contient ainsi 10 histoires illustrant de cette manière les principes moraux qui gouvernent notre existence dans la société, tout cela au travers de la magie de l'animation et d'un langage facile à comprendre, afin que ce soit fun pour les enfants.

Voici quelques une des autres morales illustrées :

common-sens.JPG
think-before-act.JPG
Ces dessins animés me rappellent les Happy Tree Friends, de mignones petites créatures à qui il arrive horreurs et malheurs. Sauf que chaque épisode des Happy Tree Friends est précédé d'une mise en garde "Violence animée déconseillée aux petits enfants et aux grands bébés".

Alors qu'en Europe on se demande si les Télétubies ne développent pas l'homosexualité chez les plus petits, il faut croire que les parents indiens se posent moins de questions et ne craignent pas d'exposer leurs enfants à des univers un peu moins aseptisés que par chez nous.
par Aurélien publié dans : Différences culturelles
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Vendredi 25 mai 2007
Aujourd'hui, j'ai enfin achevé de m'enregistrer auprès de la police : "Now, you are in India". Je vais pouvoir ouvrir un compte en banque, et faire diverses autres choses qui devraient me rendre un peu plus autonome.

L'enregistrement a la police a été commencé dès notre arrivée, il y a un peu plus de deux semaines. Pour cela, j'ai du donner tout un tas de documents (photocopie du passeport + VISA, photo d'identité, fiche de renseignement, lettre de présentation, garanties financieres...) en 7 exemplaires. Oui oui, sept exemplaires.

Je ne me souviens plus du parcours suivi par chacun de ces 7 exemplaires le long des méandres de l'administration indienne, si ce n'est que l'un d'entre-eux est passé par le commissariat local, situé à 200 metres de notre maison. A cette occasion, le policier chargé de signer le papier (ce qui permet de finaliser la procédure) avait envie de me voir. Alors, toujours en compagnie de Bibi, notre contact local, je suis allé me "montrer". En fait, c'était surtout mes sous qu'il voulait voir.

On est donc allé au poste de police, je me suis assis et j'ai observé passivement la scène qui a duré 5 minutes. Il a agraffé ma photo sur un dossier (que j'avais apporté pour ne pas me faire taxer à nouveau), mis un papier dedans, et puis voilà, c'était fini. On est ressorti, et on est resté dehors à attendre sans raison pendant quelques minutes : Wait and see what's going on. Ok.

Le policeman finit par sortir à son tour, l'air de rien. On le suit un peu à l'écart, et Bibi discute avec lui. Moi je reste à proximité, le nez en l'air, faisant mine de ne rien comprendre à ce qui se passe. Le policeman réclame 400 roupies (8€), mais Bibi me dit de ne lui en donner que 200, et lui explique qu'on lui donnera le reste plus tard (il attend toujours...).

Il faut payer, chouette, c'est enfin à moi d'intervenir. Mais le policier fuit mon regard, mon plan de jouer l'étonné et de demander des précisions tombe à l'eau. Je prends mon portefeuille, sors tranquillement 200 roupies, et demande "Est-ce que je peux avoir une facture ? Demande lui une facture." Ca fait brièvement rire Bibi, mais il refuse de traduire ma demande. Ah là là, il est pas joueur.

Je donne les sous à Bibi, parce que le policeman ne veut pas que ce soit moi qui les lui file directement (je ne sais pas pourquoi, peut être un peu de honte vis à vis d'un étranger). S'en suit alors une scene de film où Bibi fait mine de serrer la main au policier pour lui dire au revoir, et lui dépose les billets dans un papier replié qu'il tient entre ses mains. Wahou, c'est comme à la télé, j'ai l'impression d'acheter de l'héroine.

Plus tard, Bibi m'a demandé si c'était la premiere fois que je refilais un bribe. Ca alors, comment as-tu deviné ? Il m'explique qu'ici c'est courant, qu'on peut pratiquement tout acheter, depuis le permis de conduire au diplome d'ingénieur. Ce qui est étrange, c'est que plus on monte dans la hiérarchie, moins il y a de corruption semble-t-il (de ce genre du moins), car il y a davantage de surveillance. Alors j'ai demandé à Bibi : "Mais alors, les policiers gradés gagnent moins d'argent que ceux qui ne le sont pas ?" Il m'a répondu que j'avais raison, en rigolant.

N'empêche que je n'ai pas compris l'astuce. Si effectivement ils peuvent s'en mettre moins facilement dans les poches quand ils gravissent les échelons, quel est leur motivation a évoluer ? "Vous n'avez pas atteint vos objectifs cette année, nous avons décidé de vous sanctionner : vous etes promu commissaire."
par Aurélien publié dans : Différences culturelles
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