Le Tibet, depuis le Népal

Publié le par Aurélien

Vous savez donc comment s'est achevée mon étape tibétaine. Depuis Lhassa ,  j'ai pris place dans le plus haut train du monde, direction Xi'an, au centre de la Chine (36h de train, 615 Yuan/55 euros). Le train franchit une passe à plus de 5000 mètres d'altitude... Il y a des robinets d'oxygene sur lesquels on peut brancher un masque du type aide respiratoire dans les hopitaux. A part ce détail amusant, le train en lui même est somme toutes assez banal. Le restaurant à bord proposait de bons repas bon marché, ca aide à bien passer le temps. Les chinois travaillent à un autre train qui se veut le plus luxueux du monde et qui devrait entrer en service apres les Jeux Olympiques, les fameux 08-08-08.

Donc ca, c'était pour la sortie. Mais revenons au tout début, à savoir sur l'entrée au Tibet depuis le Népal. Et bien, pour cela, il faut d'abord que l'acces au Tibet soit autorisé, ce qui n'est toujours pas le cas en ce moment (aux dernieres nouvelles). Tout le monde s'accorde à dire que cela ne changera pas avant la fin des Jeux Olympiques. Ensuite, au Népal,  il faut s'adresser à une agence de voyage (a Katmandou), et souscrire un onéreux package, condition sine qua non pour que les autorités chinoises veuillent bien vous délivrer le fameux permis de groupe. Ce permis est en fait un visa de base sur lequel figure la liste des noms du groupe dont vous faites partie. En fait, dans la plupart des cas, vous etes le seul membre de votre propre groupe. Si vous voyagez en famille ou avec des amis, cela change peut etre. Ce permis se présente sous la forme de feuilles de papier volantes qui ne sont pas rattachées à votre passeport : il n'y a donc aucun coup de tampon relatif à votre passage au Tibet sur votre passeport. De même, n'allez pas à l'ambassade de Chine demander un visa Chinois classique : c'est une perte d'argent, car il sera annulé au premier poste de contrôle Chinois.

Les autorités chinoises ne veulent pas de backpackers fauchés qui trainent tout seuls avec leur appareil photo dans les provinces tibétaines. Alors pour obtenir le précieux sésame, il faut montrer patte blanche, ou plutôt verte, verte comme des dollars américains. Les agences de tourisme népalaises proposent toutes le même pack incluant le transport en Jeep avec chauffeur, guide, hébergement en hotel pendant 7 nuits, et des entrées dans des lieux touristiques (monastères essentiellement). Vous ne pouvez pas y échapper : il faut réserver vos 7 nuits dans de luxueux hotels, même si vous comptez dormir ailleurs, sinon vous n'aurez pas le permis. C'est comme cela.

L'ensemble, c.a.d le permis + le package, coute au bas mot $388, si vous passez directement par une des 4 seules agences qui organisent ce genre de périple (c'est ce qu'on m'a dit par la suite). Si comme moi et comme la plupart des autres touristes vous ne savez rien de l'astuce et passez par une agence quelconque qui fait intermédiaire, il est difficile de payer moins de $405. On m'a demandé en général dans les $425, mais parfois plus de $475... On vous assure qu'avec le permis obtenu vous pourrez gambader librement dans tout le Tibet. C'est faux, vous n'avez le droit à presque rien, vous ne pouvez même pas aller bien loin dans les alentours de Lhassa. Le Tibet est découpé en tout un tas de zones interdites, et il faut un permis pour chacune de ces zones. Je m'étais renseigné à Lhassa pour continuer mon chemin en Jeep par la route, il fallait demander 4 permis supplémentaires...

Le permis obtenu à Katmandou était valable 28 jours dans mon cas (c'est le maximum que l'on peut espérer). Il est possible de le prolonger par la suite, mais en dehors du Tibet uniquement. Nous étions ainsi 24 touristes à aller à Lhassa au moyen de 6 Jeeps (4 par Jeep + le chauffeur). Une équipe Népalaise nous a enmené de Katmandou à la frontière sino-népalaise. Toujours la même rangaine : on ne peut pas changer nos devises népalaises en Chine, il faut le faire ici avec un taux exécrable, sinon on va tout perdre... C'était bien évidemment des bobards, comme toujours, mais je n'ai pas apprecié que notre "guide" népalais soit dans la combine. Les douaniers népalais en revanche étaient toujours aussi relax : ils ont tamponné mon carnet de voyage et écrit un petit mot. Et puis on s'est mis en route avec nos sacs en direction de la Chine.

Autre pays, autre ambiance. Déjà, pas le droit de sortir l'appareil photo. "Il y a des policiers en civil, s'ils vous voient photographier, vous aurez de gros problèmes." Il nous faudra marcher assez longtemps pour atteindre le checkpoint à la frontière (materialisé par un pont). Au checkpoint, on prend contact avec l'équipe tibétaine (aucun chinois dans leur staff) qui va s'occuper de nous pendant une semaine. Notre guide parle très bien anglais, ce qui est très bien, mais ce qui est aussi une exception : aucun chauffeur ne sait dire autre chose que "Okay! Okay!" ou "No! No!".

Le douanier chinois regarde rapidement nos permis, nous demande si on est malade, bien sûr personne ne l'est, comme toujours.  Je me suis toujours demandé ce que ce ferait de cocher une case comme quoi on a de la fièvre, et si quelqu'un l'avait déjà fait. Enfin bon, j'essayerai ailleurs, parce qu'ici c'est pas vraiment le meilleur endroit. Ensuite, un bonhome vient désinfecter nos sacs avec un gros ventilateur, par prévention de la grippe aviaire je suppose. Nous voilà tous rassurés maintenant, alors on continue notre longue marche côté chinois jusqu'aux Jeeps. Et puis on restera bloqueé 3 heures à attendre que les travaux sur ce qui ressemble à la "route" soient finis. Quand on peut enfin passer, on se rend au véritable bureau de l'immigration, situe à... 8 Km! (j'ai pas compris). Nos sacs sont passés aux rayons X, nos passeports controlés conscencieusement. Le douanier chinois n'a pas franchement l'air sympathique, mais je me tente quand même à lui demander de tamponner mon carnet de voyage. Il m'enverra paître sans même me laisser finir ma phrase. En fait, j'ai juste eu le temps de dire "s'il vous plaît est-ce que...", et ensuite il m'a fait signe de dégager avec la main. Bon ben tant pis pour le "Welcome to Tibet" sur mon livret. On mange un bout, avance nos montres de 2h15, ce qui fait 7 heures de décalage avec la France en hivers, et cela partout en Chine (pas de fuseaux horaires internes)! Puis on change nos sous aux tibétaines qui viennent nous voir en criant "Change money! Change money!", et on se met en route, pour de vrai. Allez, c'est parti!

La route est assez mauvaise, le 4x4 Landcruiser n'est pas de trop. Le premier soir, nous nous arrêtons dans un endroit assez isolé. Il fait froid, mais pas glacial. Tout le monde veut rester à l'auberge pour se coucher, mais moi j'ai envie de sortir histoire de me mêler un peu aux locaux. Dans un petit restaurant, je me retrouve à manger un plat aléatoire au milieu de 15 tibétaines. Forcement, 15 jeunes filles qui mangent dans un coin à coté d'un homme blanc tout seul, ca intrigue. Alors au bout d'un petit moment, l'une d'entre elle se dévoue et finit par m'adresser la parole.

Et d'où je viens? Et comment je m'appelle? Et qui est la fille la plus jolie ici? Bref, le courant passe assez bien. Elles sont profs d'anglais (une aubaine pour discuter), et célèbrent la journée de la femme (8 Mars - oops, je suis en retard pour le billet ;-). Je découvre qu'elles sont assez complexées par rapport à la femme occidentale "qui a des yeux ronds, qui est grande, qui est très blanche de peau...". Marrant, en occident, les filles complexent d'avoir la peau trop blanche. Le monde est bizarre quand même. Mais bon, pour moi, les plus jolies filles, ce sont les tibétaines. Du coup, je me fait offrir de la bière, et invité à dancer avec elles dans un genre de discothèque. Ambiance un peu glauque sur le dance floor. Les filles dancent entre elles, les garcons aussi. Aucune fille n'a voulu dancer avec moi, et c'est pas faute d'avoir demandé! Cela dit, on est à 3400 mètres d'altitude, alors je m'essouffle assez vite, et à minuit, je rentre me coucher. Les filles s'en vont aussi, "avant que les mecs aient trop bu et commencent à se battre".

Deux heures plus tard, je me lève pour aller vomir : ouh la la, ca tangue. J'ai des vertiges, ainsi qu'un vilain mal de crâne - la nuit a été difficile. Le lendemain matin, la nouvelle que j'ai mal dormi fait rapidement le tour du groupe de touristes. Et alors, c'est l'inquiétude au sujet du French guy. Une experte improvisée en mal des montagnes vient m'expliquer que j'ai les symptomes sévères, que je ne dois pas continuer sinon je peux mourir en quelques heures. J'hésite un peu, le guide est super embêté par cette femme qui veut me renvoyer d'où je viens. Quand il apprend que j'ai bu de l'alcool et que j'ai fait des follies de mon corps la veille, il est tout content : il tient le prétexte pour me faire continuer. De toutes facons, y'a pas vraiment le choix, alors je continue avec le groupe, direction la première passe à plus de 5000 mètres (on montera jusqu'à 5200 mètres). Passera, passera pas la passe ? En tous cas, pour ce premier jour, ma réputation dans le groupe est faite.

Durant le trajet, je m'efforce de prendre de grandes inspirations comme Enzo dans Le Grand Bleu, ca marche un peu je crois. Le mal de tête s'estompe tout doucement au fil des heures, sans vraiment disparaitre, mais c'est supportable. Et puis on est plusieurs à avoir bobo au crâne.

Pour le deuxieme jour de trajet, on a eu droit à un peu de frisson : une Jeep a perdu une de ses quatres roues motrices, comme ca, en pleine ligne droite, en plein désert, en plein tempête de sable. Bon, ils sont arrivés à la retrouver et même à la remettre. Ils n'ont pas vérifié les autres roues pour autant... Mais moi j'ai été me faire bénir à Katmandou, il ne peut rien se passer de bien grave, alors je suis confiant.

Le troisième jour, le même chauffeur de la même Jeep percute un pauvre bouriquot en plein milieu de la route, comme ca, en pleine ligne droite : pas de chance l'âne! Ils ont du payer la bête à son propriétaire... Les rumeurs sur les capacités des chauffeurs vont bon train. Mais moi j'ai été me faire bénir à Katmandou, il ne peut rien se passer de bien grave, alors j'ai la foie.

La suite du trajet sera normale. Notre guide nous explique vaguement qu'il y a des problèmes, que y'a l'armée et la police un peu partout, mais on ne comprend pas très bien de quoi il parle. Il faut dire qu'on a arrêté de poser des questions. Les premiers jours, on s'est tous étonné des joues très roses de certaines tibétaines, limite rouge sang. On a demandé à quoi cela était du à notre guide, réponse de l'intéressé : "C'est parce qu'elles mangent trop de yak". Suite à cette réponse, on a arrêté de poser des questions.

En ce qui concerne notre chauffeur, notre interaction avec lui s'est limitée à écouter en boucle sa cassette audio de la super star du moment, à raison de 20 fois par jour, pendant les 5 jours de trajet. Les 50 premiers fois sont pénibles, mais ensuite on s'habitue doucement et on commence à bien aimer en fait. C'est comme la musique dans les bus népalais. Au bout de quelques dizaines d'heures d'écoute forcée, on se met à vraiment aimer. C'est quand même une découverte qui me laisse songeur. Si j'étais patron d'une maison de disques, je ne me fatiguerais pas à trouver des artistes de talent, oh non non. Je me contenterais du premier venu, même si c'est très mauvais : c'est pas grave. Ensuite, je m'arrangerais avec les radios pour passer le morceau en boucle sur toutes les ondes toute la journée. A force, je suis sûr que tout le monde aimerait. Ah ah ah, c'est obligé. Je serais alors très riche, presque sans rien faire. Je garde cette idée sous le coude pour mon retour, en espérant que personne d'autre n'y pense d'ici là.

Mais en attendant, poursuivons le voyage, et revenons au Tibet. En route, nous nous sommes arrêtés visiter quelques monastères, ainsi qu'un petit moulin. J'ai pas retenu les noms. Dans l'ensemble, honnêtement, c'est un peu toujours pareil, et y'a pas vraiment de ferveur palpable. Aucune athmosphère à vrai dire. Du moins, rien à voir avec ce que j'avais vu à Katmandou. La seule exception notable est le temple de Jokhang à Lhassa, le dernier temple visité juste avant le début des émeutes, émeutes qui seraient d'ailleurs parties de la place où se trouve ce temple. J'en parle brièvement dans mon billet sur les émeutes.

Durant ces émeutes, notre luxueux hotel a été caillassé. A mon avis, c'est les riches chinois présents qui étaient visés, même si un membre de notre groupe s'est pris un projectile au visage (depuis la terrasse). Il faut dire que c'était vraiment un hotel très luxueux. En effet, au niveau hébergement, excepté les deux premiers jours où nous avons dormi un peu "à la roots" (dortoir basique, sans douche, etc...), les hotels suivants ont été luxueux, voire même très (trop) luxueux.

De même, on a pu percevoir le développement des villes de plus en plus important au fur et à mesure que l'on s'approchait de Lhassa. Au début, c'était la zone. On est passé dans des petits villages : on se demande sincèrement comment ils arrivent à vivre. Le sol est si aride, ils sont si isolés. Même au Népal, je n'avais jamais vu des gens dans une si grande misere. Mais, parait-il, ils sont plus heureux que les tibétains de Lhassa, parce qu'ils sont libres. La présence policière est en effet très réduite dans ces régions reculées.

A Lhassa, parce que les chinois se doutaient de ce qui allait arriver, l'omniprésence de l'armée était étouffante. Quand je me baladais, j'hésitais toujours à sortir l'appareil photo, le faisais en cachette... Du coup, quand on a quitté les lieux et que je suis arrivé à Xi'an, ouha ouh, le changement. On a enfin l'impression d'être dans un lieu normal où l'on peut respirer et se promener librement. Je vais tâcher de raconter la suite assez rapidement. Je me suis un peu laissé aller à ne pas mettre à jour mon blog depuis le Tibet, je fais mes excuses à mes fidèles lecteurs au passage. A bientôt.

Publié dans Lieux visités

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squaylz 21/06/2010 18:13


Mon expérience en allant au Tibet depuis la Chine.
1) Business et rareté obligent, la plupart des agences chinoises, népalaises ou autres essaient de vendre un package assez onéreux et d'optimiser leurs profits sur cette destination mythique, en
lui gardant son côté inaccessible : beaucoup de jours, hôtels luxueux, avion, 4x4 privé... La difficulté (mais aussi l'astuce) c'est de trouver les agences qui proposent le forfait minimal. En
l'occurence, on avait trouvé un package sans avion ou transport, 2 nuits dans un hôtel assez basique, les entrées au Potala et Jokang inclues, et le permis d'entrée bien sûr. On a pu acheter nos
billets de train par nous mêmes (environ 100 EUR A/R) et rester là-bas 28j.
2) A l'époque, il n'y avait pas de douane matérialisant l'entrée au Tibet par le train. Pour ceux qui aiment le risque, il suffisait donc de prendre le billet de train et c'était parti. Le seul
risque : que des contrôles aient lieu à la descente du train (ce qui n'était pas la majorité des cas). Bref, pas trop dur de rentrer.
3) Une fois là-bas, on était libre de circuler dans Lhasa et les alentours proches. C'est quand on souhaitait partir faire la route qu'il fallait rentrer dans la logique "Agence de voyage, groupe,
véhicule avec chauffeur, circuit balisé avec déclaration obligatoire des lieux à visiter, et les jours où on serait sur place. Et là, effectivement, pas de flexibilité une fois le circuit décidé.
Il fallait bien que ça colle quand on arrivait aux check. En revanche, on pouvait constituer un groupe à partir de 4 et on a trouvé des forfaits pas si chers que ça. Le fait de l'organiser sur
place permet de profiter des discussions avec les locaux, les autres voyageurs et de traiter directement avec les agences locales où les prix sont généralement moins élevés que quand il y a
plusieurs intermédiaires.
Bref, je ne connais pas la situation actuelle et je pense que c'est aujourd'hui bien moins simple, mais si cette expérience peut être utile.


Sandrine 01/05/2010 23:39


Bonjour Aurélien,
Sympa ton article sur le Tibet, la manière dont tu l'as écris m'a fait sourire...
Je voulais savoir si tu pouvais me renseigner sur les agences pas chères ($388)au Népal dont tu parles au début de l'article. Sur le net, on trouve de tout et je t'avoue que je suis un peu perdue.
Je pars le 18 juin au Népal et aimerai aller au Tibet en essayant de ne pas mettre 800€/8jours organisés!!! déjà que c'est organisé ...
Merci d'avance et bons voyages à toi !


Christophe F 22/05/2008 23:03

Salut Aurélien, heureux d'avoir quelques nouvelles de toi. Toujours un plaisir de lire tes billets ! Bon courage pour la suite de tes découvertes, et merci de nous faire partager ça.
a+
Chris
PS : ça te rappelle rien si je te dis "Baïgura" et "Iguzki" ou encore "Duboué". Ha ha ha, je suis sur que oui :)

Julien Lacoste 22/05/2008 17:59

Salut Aurélien,

Ca fait plaisir un nouveau billet, ça faisait longtemps ;-) Les photos sont magnifiques! En plus tu les as prises au péril de ta vie, c'est la classe.

Par contre, je veux pas jouer les rabat-joie, mais va falloir trouver une autre idée pour devenir riche : prendre des inconnus sans talents, les passer en boucle en attendant que les gens aiment, je crois que c'est ce que font déjà la plupart des maisons de disques!

++A