Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /Sep /2008 19:23
J'en avais parlé brièvement, je suis parti travailler en Inde dans le cadre d'un contrat V.I.E. A ce sujet, un jeu concours a été organisé afin d'encourager les anciens V.I.E comme moi à témoigner de leur expérience. Des billets d'avion sont à gagner, ce qui m'a motivé à réfléchir à ce que m'a apporté ce contrat. Je copie-colle ici aussi le texte que j'ai rédigé.

Un peu comme les États Unis envoient leurs G.I. conquérir le monde, la France envoie ses V.I. conquérir de nouveaux marchés. Ainsi, une fois son lieu d'affectation connu, le jeune V.I. prépare son sac et saute dans l'avion vivre l'aventure, peut être à la manière de Rimbaud.

V pour Volontaire. Le V.I. s'adresse aux volontaires, c'est un appel aux jeunes citoyens de bonne volonté. Volonté se dépasser, volonté de relever des défis, volonté d'aller plus loin.

 

I, pour International. Le V.I. ne tient pas en place. Une mission en métropole, aussi intéressante soit-elle, ne peut pas satisfaire son désir de se confronter au monde dans son ensemble. Si l'inconnu fait peur à certains, ce n'est pas le cas du V.I. Au contraire, se confronter à l'inconnu c'est sa raison d'être, sa raison d'être volontaire. 

 

Mais ce que le V.I. ne sait pas encore, c'est qu'il ne va pas à l'autre bout de la planète uniquement pour accomplir sa mission. Il ne va pas non plus se frotter à l'inconnu comme simple remède à l'ennui. En réalité, ce qu'il part chercher parfois à l'autre bout du monde, ce n'est rien d'autre que lui même. S'il va se frotter à l'inconnu, c'est pour apprendre à mieux se connaître. Sa mission n'est qu'un moyen, qu'un début, et certainement pas la fin.

 

Depuis longtemps, j'avais envie de m'expatrier dans un pays anglophone, officiellement pour parfaire mon anglais, officieusement pour donner un nouveau souffle à mon quotidien. Mes 25 ans approchant, j'estimais qu'il était temps de me pencher sérieusement sur le sujte. Mais trouver un poste à l'étranger depuis la France, ce n'est pas facile. Comment concilier désir de voyager et envie de ne pas sacrifier son expérience professionnelle? En faisant un V.I.E bien sûr!

 

Après plusieurs semaines de recherche et quelques échecs, voilà que la chance me sourit. Une offre sur mesure tombe du ciel directement sur civiweb. Le profil recherché, c'est le miens, aucun doute. Le pays d'affectation, c'est l'Inde. Ah, tiens, l'Inde. Ce pays ne m'avait jamais attiré, je ne m'étais jamais imaginé partir travailler là bas. Mais avec l'encadrement du contrat V.I.E, cela change tout. Je me recule sur ma chaise, réfléchis deux minutes... L'Inde, et pourquoi pas?

 

Oui, l'Inde, pourquoi pas? Mon petit projet personnel de mieux maîtriser l'anglais devient un projet beaucoup plus riche, celui de vivre une expérience forte et inoubliable qui me marquera profondément. Volontaire? Je le suis! À l'International? Bien évidemment! En Entreprise? C'est parti!

 

En avant pour l'aventure! 

Le 2 Janvier 2007, mon avion se pose à Paris CDG, en provenance de l'aéroport JFK de New York, où je suis allé fêter cette folle année 2007 qui s'annonce. Il y a eu une tempête de neige à Détroit, et mon vol initial a été annulé. Du coup je suis arrivé trop tard à la journée d'intégration des V.I.du mois de Janvier. Qu'à cela ne tienne. Avant de partir, j'ai rencontré un de mes futur collègues V.I.E, et il a pris l'initiative de signer pour moi sur le registre de présence. Ni vu ni connu, je peux démarrer ma mission dans les temps, ouf ! C'est cela aussi les V.I : des jeunes à l'esprit d'initiative, de nouveaux camarades d'aventure sur lesquels on peut compter.

 

Et puis c'est l'heure du grand départ, direction Chennai, au sud de l'Inde. Ma nouvelle entreprise travaille dans le secteur de l'informatique. Nous éditons un logiciel de textile. Le but de notre mission est de monter une équipe indienne en soutient. On sait que ces derniers sont réputés en matière de développements informatiques. Quoi de mieux qu'un logiciel de textile pour tisser des liens avec eux?

 

 

L'Inde, c'est plus de 6 fois la France en terme de superficie, et un peu plus de 1.1 milliards d'âmes qui y vivent. Comme m'a dit un jour un Indien : « 28 états, 3000 langues, mais une seule Inde! ». Voilà qui illustre à merveille la devise de l'Union Européenne : « Unis dans la diversité ». Tous différents, mais tous pareils.

 

Les indiens sont différents de nous, oh ça pas de doute. Il faut tout réapprendre. En posant le pied sur ce nouveau sol, je ne sais même plus boire. Ici, porter un verre à la bouche est malpoli. C'est malpoli parce que le même verre sert à plusieurs personnes. Alors il faut boire à la régalade, en essayant de faire aussi bien que les indiens, capables d'avaler un demi-litre d'eau d'une seule traite, la tête constament inclinée en arrière. Les premières tentatives conduisent invariablement à s'en renverser partout, autant dire qu'on boit à la rigolade.

 

La première partie de notre séjour en Inde s'est déroulée à Salem, une ville complètement ignorée des touristes au milieu du Tamil Nadu. C'est une ville typique indienne de 700.000 habitants, ce qui n'est pas vraiment grand pour l'Inde. Malgré tout il n'y a pas grand chose à y faire, et on a vite fait de s'y ennuyer.

 

A Salem, il n'y a pratiquement aucun blanc. Alors un jeune occidental qui se promène dans les rues, ça ne passe pas inaperçu. Surtout que les indiens sont d'un naturel curieux. Ils viennent facilement vous parler, et vous avez alors systématiquement droit au Trio Élémentaire des Questions Indiennes, ou TEQI : D'où viens-tu ? Que fais-tu ici ? Où vis-tu ?

 

Au bout de deux mois et demi à Salem, le projet est recentré sur les développements en France. À notre grande déception, l'idée de monter une équipe indienne est abandonnée. Les nombreuses difficultés inhérentes à ce genre d'aventure ont eu raison de notre enthousiasme. Problèmes de recrutement, de différences culturelles, d'éloignement géographique, de logistique, de bureaucratie, etc... tout cela fait trop d'un coup pour une PME.

 

Ainsi, sur le plan professionnel, ce V.I.E a aussi été un apprentissage de l'échec. « That's life! » m'a dit le directeur d'une importante société de services en informatique de Chennai que j'étais allé voir à titre personnel. Durant notre longue discussion, il m'avait expliqué que pour que l'outsourcing soit réussi, il doit être basé sur la confiance mutuelle des partenaires, qui doivent partager une vision sur le long terme. Il est en effet courant que deux années soient nécessaires pour commencer à rentabiliser l'investissement. Il a aussi beaucoup insisté sur les compétences et l'expérience de son entreprise, qui sont à prendre davantage en considération que la simple dimension économique.

 

Il aurait donc peut être fallu faire davantage confiance aux indiens et à leur savoir faire en allant traiter avec un partenaire spécialisé plutôt que de se lancer seul dans une telle aventure. Car certaines sociétés de service font un travail remarquable, j'ai pu le constater par moi même. Cette visite a donc été riche d'enseignements, et m'a permis de tirer les leçons de cet échec et de tourner la page.

 

Cette nouvelle tournure de notre projet en Inde a été l'occasion de déménager nos locaux sur Pondicherry, ou plus précisément, à Auroville. Est-ce le hasard qui nous a poussé là? Ou est-ce la magie de l'Inde? Car Auroville n'est pas vraiment une ville comme les autres. Véritablement sortie de terre en 1968, elle se veut une expérience humaine dans le but de développer le modèle communautaire du futur, au dessus des querelles politiques, religieuses ou culturelles. Auroville, un autre exemple d'union dans la diversité, un autre exemple d'appel aux gens de bonne volonté.

 

Où aller ?

 

Auroville intrigue. Avec son énorme dôme en or, sa cuisine collective solaire, ses communautés aux noms originaux, on ne sait pas trop bien quelle étiquette lui coller : ville utopique, communauté spirituelle, écovillage, centre de recherche, refuge pour hippies déchus ou carrément secte, chacun y va de sa petite opinion. Mais la cité de l'aurore nous encourage à lui donner sa chance : dès notre entrée dans la ville, nous sommes invités à laisser nos certitudes de côté. C'est une autre grande leçon de l'Inde : ne pas juger. Moi j'ai fait l'inverse. J'y suis entré avec toutes mes certitudes, et en suis reparti en les laissant de côté.

 

Les six mois qui ont suivi ce déménagement ont été l'occasion de doucement s'initier à la philosophie indienne par osmose, et plus particulièrement à celle qui se trouve derrière le concept d'Auroville, c.a.d la pensé de Sri Aurobindo. La quête d'Auroville est celle de la Vérité. Quelle vérité? se demande tout esprit occidental. La vérité en question se doit d'être personnelle, chacun doit se la construire par lui même, bien loin du prêt à penser et des opinions publiques. En fait, Auroville nous invite à penser outside the box!

 

Au fil du temps, ma vérité a changé, à l'image de ce monde. Rien n'est intemporel, sauf le changement. Il paraît que personne ne va en Inde par hasard, que l'on s'y rend parce que l'on est perdu et que l'on se cherche. Personnellement, quand j'ai posé le pied à Chennai, je savais parfaitement où j'étais, et je savais très bien où j'allais. Mais voilà que le destin en a décidé autrement, et que je me suis perdu une fois sur place!

 

Nouveau départ 

Tout a une fin, sauf la banane qui en a deux. Ainsi, l'Inde devait être l'expérience la plus riche et la plus intense de ma vie. Mais le séjour en Inde s'est transformé en plongeon vers l'Asie, dont le V.I.E a été le tremplin. Si mon contrat s'est bien terminé en décembre 2007 comme prévu, je ne suis en revanche toujours pas rentré en France, neuf mois plus tard. Avec l'argent économisé en Inde, je continue d'aller de plus en plus loin dans mes voyages extérieur et intérieur. Tout en parcourant l'Asie, je me pose de grandes questions sur le pourquoi et le pour qui de tout ce que j'ai fait jusque là. Le TEQI poursuit son oeuvre en somme.

 

Un jour prochain je rentrerai en France. Ce jour là c'est certain, j'aurais profondément changé par rapport à mon départ. J'ai déjà acquis un certain recul sur la vie et une vision d'ensemble que j'étais loin d'avoir avant mon départ. Je pense aussi être devenu moins individualiste et plus mature, ce qui ne sera autant bénéfique à mes futurs employeurs qu'à la société dans son ensemble.

 

Tout cela je le dois à mon nouveau contrat de V.I.E, qui porte bien son nom. Je continue mon périple vers l'Australie, où je ne sais pas ce qui m'attends. Peut être un retour en France, ou peut être un saut en Amérique latine, si vous votez pour que je gagne un billet d'avion!

 

Coeur léger 

 

Par Aurélien
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 00:00
Vous savez donc comment s'est achevée mon étape tibétaine. Depuis Lhassa ,  j'ai pris place dans le plus haut train du monde, direction Xi'an, au centre de la Chine (36h de train, 615 Yuan/55 euros). Le train franchit une passe à plus de 5000 mètres d'altitude... Il y a des robinets d'oxygene sur lesquels on peut brancher un masque du type aide respiratoire dans les hopitaux. A part ce détail amusant, le train en lui même est somme toutes assez banal. Le restaurant à bord proposait de bons repas bon marché, ca aide à bien passer le temps. Les chinois travaillent à un autre train qui se veut le plus luxueux du monde et qui devrait entrer en service apres les Jeux Olympiques, les fameux 08-08-08.

Donc ca, c'était pour la sortie. Mais revenons au tout début, à savoir sur l'entrée au Tibet depuis le Népal. Et bien, pour cela, il faut d'abord que l'acces au Tibet soit autorisé, ce qui n'est toujours pas le cas en ce moment (aux dernieres nouvelles). Tout le monde s'accorde à dire que cela ne changera pas avant la fin des Jeux Olympiques. Ensuite, au Népal,  il faut s'adresser à une agence de voyage (a Katmandou), et souscrire un onéreux package, condition sine qua non pour que les autorités chinoises veuillent bien vous délivrer le fameux permis de groupe. Ce permis est en fait un visa de base sur lequel figure la liste des noms du groupe dont vous faites partie. En fait, dans la plupart des cas, vous etes le seul membre de votre propre groupe. Si vous voyagez en famille ou avec des amis, cela change peut etre. Ce permis se présente sous la forme de feuilles de papier volantes qui ne sont pas rattachées à votre passeport : il n'y a donc aucun coup de tampon relatif à votre passage au Tibet sur votre passeport. De même, n'allez pas à l'ambassade de Chine demander un visa Chinois classique : c'est une perte d'argent, car il sera annulé au premier poste de contrôle Chinois.

Les autorités chinoises ne veulent pas de backpackers fauchés qui trainent tout seuls avec leur appareil photo dans les provinces tibétaines. Alors pour obtenir le précieux sésame, il faut montrer patte blanche, ou plutôt verte, verte comme des dollars américains. Les agences de tourisme népalaises proposent toutes le même pack incluant le transport en Jeep avec chauffeur, guide, hébergement en hotel pendant 7 nuits, et des entrées dans des lieux touristiques (monastères essentiellement). Vous ne pouvez pas y échapper : il faut réserver vos 7 nuits dans de luxueux hotels, même si vous comptez dormir ailleurs, sinon vous n'aurez pas le permis. C'est comme cela.

L'ensemble, c.a.d le permis + le package, coute au bas mot $388, si vous passez directement par une des 4 seules agences qui organisent ce genre de périple (c'est ce qu'on m'a dit par la suite). Si comme moi et comme la plupart des autres touristes vous ne savez rien de l'astuce et passez par une agence quelconque qui fait intermédiaire, il est difficile de payer moins de $405. On m'a demandé en général dans les $425, mais parfois plus de $475... On vous assure qu'avec le permis obtenu vous pourrez gambader librement dans tout le Tibet. C'est faux, vous n'avez le droit à presque rien, vous ne pouvez même pas aller bien loin dans les alentours de Lhassa. Le Tibet est découpé en tout un tas de zones interdites, et il faut un permis pour chacune de ces zones. Je m'étais renseigné à Lhassa pour continuer mon chemin en Jeep par la route, il fallait demander 4 permis supplémentaires...

Le permis obtenu à Katmandou était valable 28 jours dans mon cas (c'est le maximum que l'on peut espérer). Il est possible de le prolonger par la suite, mais en dehors du Tibet uniquement. Nous étions ainsi 24 touristes à aller à Lhassa au moyen de 6 Jeeps (4 par Jeep + le chauffeur). Une équipe Népalaise nous a enmené de Katmandou à la frontière sino-népalaise. Toujours la même rangaine : on ne peut pas changer nos devises népalaises en Chine, il faut le faire ici avec un taux exécrable, sinon on va tout perdre... C'était bien évidemment des bobards, comme toujours, mais je n'ai pas apprecié que notre "guide" népalais soit dans la combine. Les douaniers népalais en revanche étaient toujours aussi relax : ils ont tamponné mon carnet de voyage et écrit un petit mot. Et puis on s'est mis en route avec nos sacs en direction de la Chine.

Autre pays, autre ambiance. Déjà, pas le droit de sortir l'appareil photo. "Il y a des policiers en civil, s'ils vous voient photographier, vous aurez de gros problèmes." Il nous faudra marcher assez longtemps pour atteindre le checkpoint à la frontière (materialisé par un pont). Au checkpoint, on prend contact avec l'équipe tibétaine (aucun chinois dans leur staff) qui va s'occuper de nous pendant une semaine. Notre guide parle très bien anglais, ce qui est très bien, mais ce qui est aussi une exception : aucun chauffeur ne sait dire autre chose que "Okay! Okay!" ou "No! No!".

Le douanier chinois regarde rapidement nos permis, nous demande si on est malade, bien sûr personne ne l'est, comme toujours.  Je me suis toujours demandé ce que ce ferait de cocher une case comme quoi on a de la fièvre, et si quelqu'un l'avait déjà fait. Enfin bon, j'essayerai ailleurs, parce qu'ici c'est pas vraiment le meilleur endroit. Ensuite, un bonhome vient désinfecter nos sacs avec un gros ventilateur, par prévention de la grippe aviaire je suppose. Nous voilà tous rassurés maintenant, alors on continue notre longue marche côté chinois jusqu'aux Jeeps. Et puis on restera bloqueé 3 heures à attendre que les travaux sur ce qui ressemble à la "route" soient finis. Quand on peut enfin passer, on se rend au véritable bureau de l'immigration, situe à... 8 Km! (j'ai pas compris). Nos sacs sont passés aux rayons X, nos passeports controlés conscencieusement. Le douanier chinois n'a pas franchement l'air sympathique, mais je me tente quand même à lui demander de tamponner mon carnet de voyage. Il m'enverra paître sans même me laisser finir ma phrase. En fait, j'ai juste eu le temps de dire "s'il vous plaît est-ce que...", et ensuite il m'a fait signe de dégager avec la main. Bon ben tant pis pour le "Welcome to Tibet" sur mon livret. On mange un bout, avance nos montres de 2h15, ce qui fait 7 heures de décalage avec la France en hivers, et cela partout en Chine (pas de fuseaux horaires internes)! Puis on change nos sous aux tibétaines qui viennent nous voir en criant "Change money! Change money!", et on se met en route, pour de vrai. Allez, c'est parti!

La route est assez mauvaise, le 4x4 Landcruiser n'est pas de trop. Le premier soir, nous nous arrêtons dans un endroit assez isolé. Il fait froid, mais pas glacial. Tout le monde veut rester à l'auberge pour se coucher, mais moi j'ai envie de sortir histoire de me mêler un peu aux locaux. Dans un petit restaurant, je me retrouve à manger un plat aléatoire au milieu de 15 tibétaines. Forcement, 15 jeunes filles qui mangent dans un coin à coté d'un homme blanc tout seul, ca intrigue. Alors au bout d'un petit moment, l'une d'entre elle se dévoue et finit par m'adresser la parole.

Et d'où je viens? Et comment je m'appelle? Et qui est la fille la plus jolie ici? Bref, le courant passe assez bien. Elles sont profs d'anglais (une aubaine pour discuter), et célèbrent la journée de la femme (8 Mars - oops, je suis en retard pour le billet ;-). Je découvre qu'elles sont assez complexées par rapport à la femme occidentale "qui a des yeux ronds, qui est grande, qui est très blanche de peau...". Marrant, en occident, les filles complexent d'avoir la peau trop blanche. Le monde est bizarre quand même. Mais bon, pour moi, les plus jolies filles, ce sont les tibétaines. Du coup, je me fait offrir de la bière, et invité à dancer avec elles dans un genre de discothèque. Ambiance un peu glauque sur le dance floor. Les filles dancent entre elles, les garcons aussi. Aucune fille n'a voulu dancer avec moi, et c'est pas faute d'avoir demandé! Cela dit, on est à 3400 mètres d'altitude, alors je m'essouffle assez vite, et à minuit, je rentre me coucher. Les filles s'en vont aussi, "avant que les mecs aient trop bu et commencent à se battre".

Deux heures plus tard, je me lève pour aller vomir : ouh la la, ca tangue. J'ai des vertiges, ainsi qu'un vilain mal de crâne - la nuit a été difficile. Le lendemain matin, la nouvelle que j'ai mal dormi fait rapidement le tour du groupe de touristes. Et alors, c'est l'inquiétude au sujet du French guy. Une experte improvisée en mal des montagnes vient m'expliquer que j'ai les symptomes sévères, que je ne dois pas continuer sinon je peux mourir en quelques heures. J'hésite un peu, le guide est super embêté par cette femme qui veut me renvoyer d'où je viens. Quand il apprend que j'ai bu de l'alcool et que j'ai fait des follies de mon corps la veille, il est tout content : il tient le prétexte pour me faire continuer. De toutes facons, y'a pas vraiment le choix, alors je continue avec le groupe, direction la première passe à plus de 5000 mètres (on montera jusqu'à 5200 mètres). Passera, passera pas la passe ? En tous cas, pour ce premier jour, ma réputation dans le groupe est faite.

Durant le trajet, je m'efforce de prendre de grandes inspirations comme Enzo dans Le Grand Bleu, ca marche un peu je crois. Le mal de tête s'estompe tout doucement au fil des heures, sans vraiment disparaitre, mais c'est supportable. Et puis on est plusieurs à avoir bobo au crâne.

Pour le deuxieme jour de trajet, on a eu droit à un peu de frisson : une Jeep a perdu une de ses quatres roues motrices, comme ca, en pleine ligne droite, en plein désert, en plein tempête de sable. Bon, ils sont arrivés à la retrouver et même à la remettre. Ils n'ont pas vérifié les autres roues pour autant... Mais moi j'ai été me faire bénir à Katmandou, il ne peut rien se passer de bien grave, alors je suis confiant.

Le troisième jour, le même chauffeur de la même Jeep percute un pauvre bouriquot en plein milieu de la route, comme ca, en pleine ligne droite : pas de chance l'âne! Ils ont du payer la bête à son propriétaire... Les rumeurs sur les capacités des chauffeurs vont bon train. Mais moi j'ai été me faire bénir à Katmandou, il ne peut rien se passer de bien grave, alors j'ai la foie.

La suite du trajet sera normale. Notre guide nous explique vaguement qu'il y a des problèmes, que y'a l'armée et la police un peu partout, mais on ne comprend pas très bien de quoi il parle. Il faut dire qu'on a arrêté de poser des questions. Les premiers jours, on s'est tous étonné des joues très roses de certaines tibétaines, limite rouge sang. On a demandé à quoi cela était du à notre guide, réponse de l'intéressé : "C'est parce qu'elles mangent trop de yak". Suite à cette réponse, on a arrêté de poser des questions.

En ce qui concerne notre chauffeur, notre interaction avec lui s'est limitée à écouter en boucle sa cassette audio de la super star du moment, à raison de 20 fois par jour, pendant les 5 jours de trajet. Les 50 premiers fois sont pénibles, mais ensuite on s'habitue doucement et on commence à bien aimer en fait. C'est comme la musique dans les bus népalais. Au bout de quelques dizaines d'heures d'écoute forcée, on se met à vraiment aimer. C'est quand même une découverte qui me laisse songeur. Si j'étais patron d'une maison de disques, je ne me fatiguerais pas à trouver des artistes de talent, oh non non. Je me contenterais du premier venu, même si c'est très mauvais : c'est pas grave. Ensuite, je m'arrangerais avec les radios pour passer le morceau en boucle sur toutes les ondes toute la journée. A force, je suis sûr que tout le monde aimerait. Ah ah ah, c'est obligé. Je serais alors très riche, presque sans rien faire. Je garde cette idée sous le coude pour mon retour, en espérant que personne d'autre n'y pense d'ici là.

Mais en attendant, poursuivons le voyage, et revenons au Tibet. En route, nous nous sommes arrêtés visiter quelques monastères, ainsi qu'un petit moulin. J'ai pas retenu les noms. Dans l'ensemble, honnêtement, c'est un peu toujours pareil, et y'a pas vraiment de ferveur palpable. Aucune athmosphère à vrai dire. Du moins, rien à voir avec ce que j'avais vu à Katmandou. La seule exception notable est le temple de Jokhang à Lhassa, le dernier temple visité juste avant le début des émeutes, émeutes qui seraient d'ailleurs parties de la place où se trouve ce temple. J'en parle brièvement dans mon billet sur les émeutes.

Durant ces émeutes, notre luxueux hotel a été caillassé. A mon avis, c'est les riches chinois présents qui étaient visés, même si un membre de notre groupe s'est pris un projectile au visage (depuis la terrasse). Il faut dire que c'était vraiment un hotel très luxueux. En effet, au niveau hébergement, excepté les deux premiers jours où nous avons dormi un peu "à la roots" (dortoir basique, sans douche, etc...), les hotels suivants ont été luxueux, voire même très (trop) luxueux.

De même, on a pu percevoir le développement des villes de plus en plus important au fur et à mesure que l'on s'approchait de Lhassa. Au début, c'était la zone. On est passé dans des petits villages : on se demande sincèrement comment ils arrivent à vivre. Le sol est si aride, ils sont si isolés. Même au Népal, je n'avais jamais vu des gens dans une si grande misere. Mais, parait-il, ils sont plus heureux que les tibétains de Lhassa, parce qu'ils sont libres. La présence policière est en effet très réduite dans ces régions reculées.

A Lhassa, parce que les chinois se doutaient de ce qui allait arriver, l'omniprésence de l'armée était étouffante. Quand je me baladais, j'hésitais toujours à sortir l'appareil photo, le faisais en cachette... Du coup, quand on a quitté les lieux et que je suis arrivé à Xi'an, ouha ouh, le changement. On a enfin l'impression d'être dans un lieu normal où l'on peut respirer et se promener librement. Je vais tâcher de raconter la suite assez rapidement. Je me suis un peu laissé aller à ne pas mettre à jour mon blog depuis le Tibet, je fais mes excuses à mes fidèles lecteurs au passage. A bientôt.
Par Aurélien - Publié dans : Lieux visités
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Mardi 25 mars 2008 2 25 /03 /Mars /2008 14:38

Je m'y attendais : des lecteurs, certainement membres du comité des tiques, commencent à venir me chercher des poux. Ainsi, dans mon billet précédent, un commentaire publie un lien vers une vidéo. Entre autres, on peut y voir un jeune australien en T-shirt rose et grosses lunettes blanches : il faisait partie de mon groupe. L'entrée saccagée qu'il filme est d'ailleurs celle de mon hotel.

Je ne sais pas ce qu'il en est de cet australien, mais il faut savoir que pas mal d'occidentaux on tiré un juteux profit de ces évenements. Entre autre, un allemand me dira par mail s'etre fait $2800. Ou encore, les norvégiennes de notre groupe ont vendu leurs clichés pres de 150 euros.

En ce qui me concerne, je me suis gardé d'uploader mes vidéos a sensation, et ai diffusé librement des images ainsi qu'un témoignage. Ce témoignage est assez rare pour avoir reçu l'écho qu'il a reçu, et nombre de commentaires me remercient pour avoir livré l'information la plus honnêtement possible. Il n'est pas tombé du ciel non plus, j'ai expressément demandé aux tibétaines de m'en dire davantage, parce que je pense que c'est un meilleur moyen de comprendre ce qu'il se passe que de faire un concours de liens vers Youtube.

Mon témoignane relate de la violence des tibétains envers les chinois, et non l'inverse. Mais il suffit de le lire pour s'en rendre compte... Je peux donc me regarder dans la glace sans rougir, et n'éprouve absolument aucune honte, contrairement à ce que l'auteur (anonyme) a suggeré à mon égard.

En fait, je m'ettendais à ce genre de réaction beaucoup plus tot que cela. Pres de 15000 personnes ont lu mon billet sur Lhassa, et je ne reçoie que maintenant un premier commentaire négatif à mon encontre. Je suis plutot satisfait.

Sur internet, certains auraient mis en doute ma légitimité. Je caressais le secret espoir qu'on vienne me traiter d'espion de la CIA, mais hélas, je ne pourrai pas faire planner le doute à ce sujet. Je me voyais déja draguer les filles avec, de retour en France :

Elle: Et tu fais quoi?
Moi : Eh bien, avant j'étais ingénieur informaticien. Mais maintenant, je suis sans ressource (pas de chomage pour les V.I.E).
Elle: Ah bon...
Moi : Mais j'espère bien arriver à toucher le RMI!
Elle: Ah...
Moi : Sinon, il y en a qui pensent que je suis un espion de la CIA...
Elle: C'est vrai? Comment ca?
Moi : Eh bien... Tout a commencé lors de mon tour du monde, lorsque je me trouvais au Tibet...

Ah ah ah, succès garanti. Mais malheureusement, je suis trop insignifiant pour avoir été jugé membre d'un complot international.

Su ce, j'annonce qu'en ce qui me concerne, le chapitre sur les emeutes à Lhassa est clos. Je vais reprendre mon petit blog intime de voyageur sac au dos. Si vous voulez débattre sur la situation au Tibet et en Chine, merci de le faire sur des forums spécialisés. Pléthore de sites y sont consacrés, et de très bons liens ont été donnés dans les commentaires précédents.

Merci à tous pour vos chaleureuses remarques et commentaires. La suite au prochain épisode!

Par Aurélien
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Samedi 22 mars 2008 6 22 /03 /Mars /2008 07:50

Cela fait une semaine que j'ai assisté aux évenements de Lhassa. Comme je l'ai écrit, j'ai quitté le Tibet assez rapidement, et je tente tant bien que mal de me tenir informé, malgré la censure du net. Merci pour vos nombreux commentaires, qui me tiennent informés de la tournure des évenements.

Ils me sont tres utiles pour savoir qui relaye mon témoignage, et obtenir des compléments d'informations. N'oubliez pas que je suis en voyage. J'ai passé 36h dans le train (Lhassa -> Xi'an), puis 14h vers Yichang, et je suis sur le point de faire 38h de bateau vers Chongqing, le long de la riviere Yangzi (je descends vers le Vietnam). Difficile donc de tout suivre dans le détail.

Je ne pensais pas que cette révolte au Tibet occuperait si longtemps les journalistes. J'ai effectivement été contacté par quelques uns d'entre-eux, mais ayant quitté les lieux du drame, je les intéresse moyennement. J'ai cependant fait un passage sur Europe1 (dans les archives du 19 Mars, diffusé dans les journaux de 05h30 et 07h00).

Pour ce que j'en ai percu, les journalistes semblent surtout préoccupés de savoir comment l'armée chinoise a écrabouillé les manifestants avec ses chars d'assault, et si les tibétains sont en train de contester le Dalai Lama. Mais plus on creuse, et moins les choses sont simples.

La barriere de la langue est bien réelle en Chine, alors il est difficile de savoir comment ils percoivent ces évenements. Des étrangers installés a Xi'an depuis quelques années étaient tres curieux de savoir ce que j'avais vu a Lhassa. Ils ne savent pas grand chose en fait. Ils m'ont dit que les images diffusées a la TV ont été soigeusement choisies. On n'a vu que des tibétains saccager des boutiques. Pas une seule image de militaire dans les rues, et encore moins de blindé.

Sans surprise, les chinois se considerent comme les gentils, victimes d'une manipulation a leur égard. C'est certainement vrai, reste a savoir qui manipule qui. Lorsque j'étais au Népal, j'avais sympatisé avec des tibétaines réfugiées. On en est bien sur arrivé a parler de la situation avec la Chine. Je leurs avait demandé si elles détestaient les chinois, la réponse fut surprenante. Les Chinois sont autant victimes que nous de leur gouvernement.

Il n'est pas surprenant que les Chinois se considerent comme les vraies victimes de l'histoire, c'est un sentiment humain naturel. Nous memes, francais, lors des troubles en Cote d'Ivoire il y a quelques temps, je ne me souviens pas que nous nous soyons demandés pourquoi les Ivoiriens s'étaient mis a pourchasser nos compatriotes dans les rues, alors que nous avions librement acces a une information internationnale. Alors comment pourrait-il en etre autrement dans un pays sous censure et propagande?

Au sujet de l'implication du Dalai Lama dans ces troubles, j'avais demandé aux tibétaines rencontrées a Lhassa s'il y avait une sorte d'armée de libération du Tibet. Elles m'ont répondu que non, qu'il n'y avait aucune structuration. Quand un tibétain se rebelle, les autres viennent l'aider spontanément. Et c'est bien le sentiment que j'ai eu : un soulevement populaire (pas que les jeunes), pas vraiment structuré, et assez brouillon pour tout dire.

Peut etre que la manifestation initiale des moines était une opération préparée et planifiée par je ne sais qui (sur internet, on parle du Dalai Lama, mais aussi de la CIA...), mais en ce qui me concerne je suis persuadé que le soulevement qui a suivit leur répression était spontané. Je n'ai pas grand chose d'autre a ajouter a mon témoignage. L'article que j'ai lu et qui résume le mieux la situation telle que je l'ai percue est Le Tibet, perle de Pékin.

Sur un autre tres bon article de Rue 89, on peut lire: La culture tibétaine est aujourd'hui menacée de reste l'apanage de la religion et de traditions folklorisées à destination du tourisme, tant chinois qu'international. Je pense que c'est vraiment le sentiment qui domine, et qui crée le désespoir chez les tibétains. Il suffit de visiter le Potala, ce grand temple a Lhassa, ancienne demeure du Dalai Lama, pour se rendre compte de la farce que c'est devenu. Les moines ne sont meme plus habillés comme des moines, le temple est déserté, sans ame.

Mon sentiment est que les tibétains ont parfaitement conscience de cette situation, qu'elle les effraie, qu'ils sentent leur culture disparaitre, et je ne serais pas surpris qu'ils se radicalisent de plus en plus. Car quit a aller en prison pour 15 ans, autant y aller pour un motif valable.

Par Aurélien
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Samedi 15 mars 2008 6 15 /03 /Mars /2008 13:20
undefined Pour le dernier jour de visite a Lhassa, capitale du Tibet, nous sommes allés le matin visiter le temple de Jokhang, situé en pleine ville sur la place de Barkhor. Ambiance tres fervente, beaucoup de pélerins sont présents pour venir prier devant une statue tres importante. De tous les monasteres visités, c'est celui que j'ai preféré. La visite terminée, je pars manger de mon coté. Dans la rue, les magasins ferment boutique les uns apres les autres. Mouai, bizarre. Mais bon, j'arrive dans la rue ou se trouve mon boui-boui préféré : chouette, il est toujours ouvert.

Le fait que les autres boutiques de la rue aient baissé le rideau de fer ne m'inquiete pas. J'ai déja assisté à une scene du genre a Bombay, pour protester contre l'assassinat d'un prêtre dans un temple. Je me dis qu'ici ils doivent aussi faire une sorte de greve.

Le temps de manger, et de remonter un peu la rue pour voir ce qui se passe, je me retrouve plongé en pleine action. Dans la rue, il y a plusieurs attroupements. Tout le monde reste comme cela, à regarder la rue sans circulation, paisiblement. De temps en temps, tout le monde se met à japper et aboyer, et a courir pour aller se réfugier dans les artères donnant sur la rue principale. Si tout le monde court, c'est pour ne pas se prendre accidentellement une pierre jetée par ceux d'en face.

undefined Si ceux d'en face jettent des pierres (ou plutot les pavés), c'est en direction d'un chinois (ou d'une chinoise) qui essaye tant bien que mal de redescendre la rue, pour se sauver. Il arrive aussi qu'un insouciant viennent s'aventurer tout seul en scooter ou en moto, en plein milieu de la rue. A chaque fois, il n'a pas fallu plus de 10 secondes pour qu'il se fasse lyncher. Les voitures subissent le même traitement.

J'ai ainsi assisté en une heure à une dizaine de lynchages et de rixes, parfois par un groupe de 20 tibétains poursuivant et passant a tabac un chinois. Les scooters récupérés sont placés au milieu de la rue et incendiés. Rapidement, le nombre de buchers augmente. Le nombre de personnes dans les rues aussi. La tension monte encore d'un cran, et vient le moment de s'attaquer aux boutiques chinoises : quelques minutes suffisent pour défoncer leur rideau de fer et bruler leur contenu au milieu de la rue. Ambiance guerre civile.

Moi, je redescent prudemment vers l'hotel, en empruntant les dédales de rues parallèles. De temps en temps je suis obligé de continuer mon chemin sur cette avenue principale, jusqu'a arriver à un point limite ou je ne peux plus progresser : le bout de la rue, situé à moins de 150 mètres, est bloqué.

undefined En tant que touriste, je ne me suis pas senti en danger du tout. Toutes ces personnes dans la rue sont des tibétains. Ils en veulent clairement aux chinois, mais les étrangers n'ont rien a craindre, à part les pierres perdues et les projections. Ce qui m'inquiète davantage est la réaction chinoise. L'armée se rapproche et encercle progressivement le quartier. On entend les chars circuler, l'eau et l'électricité sont coupés dans tout le quartier (pour toute la nuit).

A peu près au même moment, à 200 mètres de là, les 23 autres touristes avec lequel je suis venu au Tibet sont tous réunis à l'hotel. Cet hotel finit par se retrouver en première ligne : des pavés sont lancés sur le toit et contre sa facade, blessant un touriste au visage. Le batiment d'en face s'enflamme, une voiture garée juste à coté est incendiée. La fumée degagée gagne l'établissement : on croit que l'hotel prend feu, c'est la panique. C'est d'autant plus la panique que tout le monde se demande ou est le French guy. On parle d'évacuation, certains veulent partir tout de suite, d'autre veulent attendre qu'on m'ai retrouvé, on se demande si je ne suis pas mort.

undefined Mais tout allait bien pour moi, je mangeais tranquillement du Tsampa et buvait le thé en compagnie de 5 tibétaines. Au milieu de l'agitation, l'une d'entre elle s'était mise a m'expliquer en pleurs pourquoi tout ceci arrive. C'est a cause des moines. Ce n'est pas dans notre culture d'être violent, mais la on n'a pas le choix, c'est a cause des moines. La tension s'accentuant, nous allons nous réfugier chez l'une d'entre elles, afin de poursuivre la conversation. Je vais passer environ deux heures en leur compagnie.

Elles m'expliquent que les tibétains ont perdu tous leurs temples, et qu'en perdant leurs temples ils perdent leur histoire. Notre culture est transmise oralement, et les seuls a archiver et concerver par écrit tout ce qui constitue le peuple tibétain sont les moines, dans les monasteres. En détruisant les temples et en assassinant/emprisonant les moines, les chinois nous détruisent. Ils ont détruit plus de 1000 monasteres, et tout leur contenu a auparavant été pillé et se trouve maintenant hors du Tibet, en Chine.

Ils nous enseignent comment devenir riche, pour eux le business est ce qu'il a de le plus important. Mais pour nous le plus important c'est la religion. Ce n'est pas dans notre mentalite d'être riche, parce que cela veut dire qu'on prend trop d'argent aux autres, et dans notre culture, les autres sont plus importants que soi meme. Les tibetains sont certes content d'avoir de meilleurs vetements, mais la chose vraiment importante est la religion. On ne veut pas être riches, on veut être libres.

undefined Depuis le nouvel an tibétain (en Février), il y aurait eu 500 moines emprisonnés, alors il était prévisible que la population se souleve. Je leur demande s'ils veulent et esperent toujours être libres, si cette volonté n'a pas été égratigné par le temps. Aujourd'hui, on veut toujours un Tibet libre, on est tres motivés, peut être plus qu'avant. Quand le Dalai Lama a été decoré aux Etats Unis l'année derniere, le gouvernement chinois nous a interdit de porter nos vetements tibétains, il fallait être habillé a la chinoise. On ne pouvait meme plus s'habiller comme on voulait.

Ma premiere impression en arrivant a Lhassa a été la surprise : c'est une ville tres moderne et développée. Tout semble neuf, nouvellement construit. Et c'est le cas : la ville a été entierement transformée depuis 10 ans. Il y reigne une atmosphere de ville high tech sortie de nulle part. Les chinois construisent de belles routes, ils se vantent dans leur propagante de depenser beaucoup d'argent pour les tibétains. Mais ils ne disent pas qu'ils nous prennent aussi tout ce qu'on possede. Chaque année des milliers de touristes payent tres cher les entrées de nos monasteres, et tout cet argent vas aux chinois.

Dans Lhassa, la plupart des boutiques sont tenues par des chinois, qui arbitrent donc le marché de l'emploi. En particulier, un critere important pour avoir un emploi est de parler chinois. Si on apprend le Chinois, on peut avoir un bon emploi et un bon salaire. Mais ils n'aiment pas qu'on parle anglais. C'est un probleme pour ceux qui reviennent d'Inde et y ont appris l'anglais : il leur est difficile d'avoir un boulot. Du coup, beaucoup de tibetains ont du apprendre le chinois. Mais on ne sait que le parler, pas le lire.

undefined Depuis 2007, un important projet ferroviaire reliant Lhassa a Pekin a été achevé. Il s'agit du plus haut train du monde, que certains occidentaux avaient qualifié d'irréalisable. Ce train, fierté du regime, est extremement controversé. Il sert en particulier a faciliter le pillage du sol tibétain. Mais ce n'est pas ce qui dérange le plus les tibetains, oh non. Ils sont davantage précuppés par les milliers de colons chinois supplémentaires qui debarquent depuis que ce train existe.

Maintenant, dans Lhassa, la majorité des gens sont chinois. Partout, il n'y a que des chinois. Et avec le controle des natalités, on ne peut avoir qu'un ou deux enfants maximum, sinon il faut payer au gouvernement. Eux, ils arrivent chaque année par dizaines de milliers. On a le sentiment d'être ensevelis.

Tout ce qu'ils construisent, c'est dans le style chinois. A la télévision, des spots nous encouragent a construire de nouvelles maisons, en nous disant qu'en retour on percevra de l'argent. Mais ce sont des mensonges, on touche moins d'argent que ce qui est annoncé, et ils racontent ensuite que ce sont les chinois qui financent et construisent nos maisons, et qu'il faut donc être reconnaissant envers eux et les respecter. On est très en colère contre ca aussi.

Je leur demande si elles ont des amis chinois : aucune des cinq filles n'en n'a. Les tibétains et les chinois ne se mélangent pas. On reconnait les chinois à leurs visages et aussi leur facon de s'habiller.

undefined Hier, dans la rue, les chinois ainsi identifiés ont passé un sale quart d'heure. Il y a eu des morts, mais il est difficile de dire combien. Les émeutes auraient fait plus de 100 morts selon certaines sources. Chaque année il y aurait des protestations, mais il n'y a rien eu de tel depuis 20 ans. Il faut dire qu'au Tibet, il est tres risqué de protester. Le fait de posséder une photo du Dalai Laima peut vous envoyer en prison ou aux travaux forcés pour une durée inimaginable. Et quand les chinois vous relachent, ils ont fait en sorte que vous ne puissiez plus être nuisibles.

Dans un restaurant dans la rue, il y a un tibetain si tu le vois tu vas te dire qu'il est stupide. Mais avant, quand il était jeune, il était tres brillant, tres cultivé, et tres doué pour la peinture. Un jour il s'est fait prendre par la police parce qu'il paignait un drapeau tibétain. Il a été en prison pendant 13 ans. Il y a subit un lavage de cerveau, et a été torturé a l'électricité. Il en est ressorti complètement abruti, et ne se souvient plus de rien.

Les tibétains se méfient des chinois, ils ont peur d'être dénoncés. Le gouvernement appelle a la délation, et on trouve de plus en plus de caméras. Dans les temples en particulier, on a eu l'occasion d'en voir beaucoup. C'est comme cela qu'ils controlent ce qui se passe dans les monasteres, et que ces lieux sont devenus dangereux pour les tibetains, et plus particulierement les moines qui y vivent.

Avant de partir, je leur demande ce qu'elles pensent du fait que nous, les touristes, devions payer grassement le gouvernement chinois pour venir au Tibet depuis le Nepal. Il faut en effet acheter un package aupres d'une agence specialisée, et l'ensemble coute plus de $400. En consequences, la visite du Tibet depuis le Népal est sujette a controverse. Cela ne nous pose pas de probleme, on est content de voir des touristes.

undefined Nous retournons a nouveau dans la rue. Au loin, on peut voir les CRS chinois former un cordon protégeant les pompiers, au moyen de gaz lacrymogene. On attendra encore un peu que la situation se calme. J'aurais l'occasion de discuter brievement avec un autre tibétain parlant tres bien anglais. Il faut obeir, obeir, obeir. On en a raz le bol. Si seulement j'avais des armes on pourrait faire plus, mais on a rien, on a que nos mains. Les JO approchent, on veut faire en sorte qu'ils soient annulés. On veut fouttre les chinois dehors.

La volonte des tibétains a être libres est donc toujours aussi forte, peut être meme plus depuis l'accélération de la colonisation chinoise ces dernieres années. Dans un meme pays, dans une meme ville, il y a clairement deux catégories de personnes qui se cotoient mais ne se mélangent pas. La méfiance et la colere refoulée prédominent dans les relations sociales. Le gouvernement chinois dénonce la mort de chinois innocents. Et c'est vrai : les chinois lynchés et ceux dont les boutiques ont été saccagées étaient peut être des gens remarquables. Mais en assistant à ce déchainement populaire, j'ai compris que dans ce genre de situations il n'y a plus de gentil et plus de méchants. C'est Tibétain contre Chinois. Ces chinois victimes des Tibétains sont aussi victimes de la politique de leur propre gouvernement. Les Tibétains esperent bien que les chinois auront maintenant peur de venir s'installer au Tibet.

Le calme revenu, j'ai traversé la rue, en ayant au préalable mis dans ma poche la carte memoire de mon appareil photo. Ma principale crainte durant tout ce temps était en effet de me faire saisir mes photos et qu'elles servent a identifier des manifestants. En arrivant a l'hotel, je suis surpris de voir que son entrée a été saccagée, je pensais pas que les émeutes etaient allaient jsuque la. Je monte dans ma chambre, et je constate que toutes mes affaires ont été rangées dans mon sac. Le sac de celui qui partage ma chambre n'est pas la. Je me dis qu'ils ont été evacués.

undefined C'est donc avec le sourire que je les retrouve dans le grand salon, ou j'arrive les mains dans les poches. Grand soulagement général, ca a ete la panique ici. Certains ont eu la peur de leur vie. Moi j'ai du mal a partager leur inquiétude. Au fond de moi, je suis content d'avoir vecu tout cela. Car j'étais tres décu et frustré de ne pas avoir pu cotoyer la population locale. Je pensais payer mon package et ensuite pouvoir me ballader librement, mais non, on ne peut circuler nulle part autrement qu'en jeep privée avec chauffeur.

J'avais l'impression d'avoir fait un safari photo : traverser plus de 1100 Km d'un pays sans pouvoir ressentir un peu ce qui s'y passe (la barriere de la langue est aussi une raison). Alors pouvoir ainsi vivre et discuter du coeur du probleme, j'étais vraiment heureux, et me considerais extremement chanceux.

Aujourd'hui on a du attendre l'escorte de police toute la matinée, en consequences j'ai raté mon train. On a tout de meme pu bouger cet apres-midi et prendre un nouveau ticket. Demain matin, la moitié d'entre nous quittons Lhassa via 36 heures de train. Je me dépeche ce soir de rédiger ce billet. Je ne peux pas vraiment me relire ni meme verifier certains liens que je donne. En particulier ceux sur wikipedia, car ce site (et beaucoup d'autres) est censuré en Chine. De meme, si je peux rédiger mon blog, il m'est impossible de visualiser le resultat en ligne. Désole donc si c'est un peu brouillon.
Par Aurélien
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Vendredi 7 mars 2008 5 07 /03 /Mars /2008 17:08

undefined Ce Jeudi 6 et Vendredi 7 Mars 2008 (23 et 24 Falgun 2064 dans le calendrier Nepalais), c'était la Shivaratri, c.a.d la nuit de Shiva, un important dieu hindou dont on célèbre le mariage avec Parvati.  Pour info, Shiva et Parvati sont les parents de Ganesh, le dieu à tête d'élephant, aussi célèbre que populaire.

A Katmandou, les enfants ont passé leur journée à tendre des cordes en travers de la route pour forcer les véhicules à s'arrêter, afin de les ranconner de quelques roupies. C'est aussi l'occasion pour les sadhus de se réunir en nombre, en particulier dans le temple de Pashupatinath, le plus grand du Népal.

undefined Je m'y suis rendu la nuit tombée. Je me suis extasié un certains temps devant les buchers de crémation, jusqu'à ce que les pleurs des familles me rappellent qu'il s'agit d'obsèques. Je me suis alors rendu dans un espace réservé aux sadhus. Ce fut une rencontre pour le moins stupéfiante. Des dizaines de bonhomes sont assis en petits groupes autour de feux de camp, et célèbrent comme il se doit Lord Shiva en tirant bien fort sur un gros joint. De temps en temps il y en a un qui lance tout haut une complainte que tout le monde poursuit en choeur, un genre de A la santé de Shiva, si j'ai bien compris.

Car une des particularités de Shiva est que sa boisson préférée est censée être le Bhang Lassi, une sorte de yaourt-milkshake au cannabis. Alors juste pour ces deux jours, les autorités ferment les yeux sur sa consommation. C'est quand même marrant de lire en première page de The Himalayan Times que la police se glorifie d'avoir saisi 20 Kg de hashish quelque part au Népal, et en dernière page que l'on peut aller faire tourner un pétard en plein Katmandou en bonne compagnie. Parce que la tradition veut aussi qu'on boive un petit coup de rokshi (un alcool a base de maïs et de riz) - ben ouai, tant qu'à faire.

Mais perpétuer les rites religieux avec les sadhus n'est pas gratuit, ah ca non. Les sadhus sont avant tout des mendiants, et ils ne tardent pas à vous le rappeler. Pour eux, Shivaratri est avant tout un good business day. Pour les enfants aussi, car le soir tombé, ils enchainent par la tournée des restaurants, en chantonnant un refrain qui n'est pas sans évoquer le trick-or-treating de Halloween. Si j'ai bien compris, la chansonnette serait du genre Shiva a froid, Shiva a faim, donnez-nous quelque chose pour qu'on le nourrise et le réchauffe. Enfin bon, quelque chose du genre.

undefined Le lendemain, en me balladant au milieu des très nombreux temples médiévaux, une fillette est venue spontanement me servir de guide. J'ai beau l'avoir mise en garde que je n'avais pas d'argent, elle a continué à m'accompagner en me récitant par coeur l'histoire des monuments, et en me demandant de la prendre en photo, sans jamais me demander d'argent. Enfin bon, elle parviendra tout de meme à se faire payer un paquet de chips.

Elle m'expliquera que la journée aura été profitable, car elle et ses amis ont récolté 100 Rs chacun (1.1 euros). "Wahou, c'est bien. Et qu'est-ce que tu vas t'acheter avec ces sous?" "Rien, je les ai donné à ma maman, elle n'a pas d'emploi." Bon, au moins elle va à l'école, et parle déja tres bien anglais. Avec un peu de chance, elle sera peut être docteur quand elle sera grande, comme elle aimerait.

undefined Une femme docteur, rien ne semble s'y opposer. A Katmandou, pour la première fois de ma vie, j'ai vu des femmes conduire un touk-touk. Et pas n'importe quel genre de touk-touk : la plupart des Kathmandu Tuk Tuk sont électriques! Pour 20 fois moins cher qu'un taxi, j'ai pu me rendre dans les coins touristiques de la capitale et de ses alentours. Il y a en particulier 2 temples à visiter : le temple hindou dont j'ai parlé au début, et un autre bouddhiste. Les deux sont les plus grands du pays dans leur genre.

Le temple bouddhiste est en fait un stupa, c.a.d une sorte de gros monument circulaire autour duquel, eh bien, on circule. Mais pas dans n'importe comment : uniquement dans le sens des aiguilles du montre. Je suppose que c'est pour ne pas avoir de contre temps...

Le stupa de Bodhnath est célebre pour être le plus grand du Népal. Comme tout stupa, il possède 13 niveaux symbolisant les différentes étapes de la réalisation spirituelle. Pour l'annecdote, on le retrouve croqué par Hergé dans Tintin au Tibet, car, voyez-vous donc, Tintin au Tibet ne se déroule pas au Tibet, mais au Népal. C'était pour l'annecdote.

undefined Le stupa de Bodhnath est aussi un lieu traditionnel de prière avant d'entreprendre un voyage dans l'Himalaya, en particulier vers le Tibet. Comme je m'apprête a partir au Tibet, je suis content d'apprendre que je suis venu au bon endroit pour recevoir la bénédiction.

En quittant ce lieu, j'emprunte un chemin un peu au hasard, et en passant devant une petite entrée qui ne paie pas de mine, je suis interpelé par des sons d'instrument très graves. D'un pas hésitant, je finis par entrer dans ce qui semble être un monastere tibétain, je ne sais pas lequel. On me fait signe que tout est ok. Bon ben au moins, les tibétains sont plus relax que les hindous qui n'acceptent pas les touristes dans leurs temples.

Je traverse une cours en direction d'un batiment à l'entrée duquel des moines me recoivent. Je me déchausse, bois quelques gouttes d'eau et on me jette un petit caillou sur le derrière de la tête. "Maintenant tu es pur, tu peux entrer". A ce stade, je me dis déja que j'ai bien fait de venir.

undefined Je me présente donc devant le rideau qui sert de porte, et le soulève pour passer... Et là, je reste bouche bée plusieurs secondes. J'ai l'impression de débarquer en plein tournage de 7 ans au Tibet ou autre film du genre. Des dizaines de moines sont assis, et célèbrent je ne sais pas trop quoi. Mais en tous cas ils le célèbrent bien.

Divers instruments de musique accompagnent leurs psalmodies. De temps en temps, ils se mettent à jouer et chanter tous ensemble : ca fait son petit effet, vraiment. En tous cas, moi, je rasais les murs. J'ai pas trop osé mitrailler de photos bien qu'on m'ai autorisé, alors j'ai juste une petite vidéo de qualité moyenne à vous proposer, pour vous faire une idée.

La veille de partir pour le Tibet, ca donne un avant gout prometteur. C'etait donc mon dernier soir à Katmandou. Pour conclure cette étape Népalaise d'une manière un peu moins déprimante que mon précédent billet, j'ai mis en ligne une autre sélection de photos prises dans la capitale. Pas mal de personnes n'ont pas aimé cette ville trop bruyante et polluée. Venant d'Inde, je n'ai pas été particulièrement choqué.

A vrai dire, j'ai bien aimé cette ville. C'est pas vraiment l'endroit idéal pour s'occuper passé 21h, mais découvrir la vieille ville médiévale en se mélant à la population locale et en pleine obscurité (à cause des coupures d'électricité), j'ai trouvé ca plutot chouette. En fait, si depuis le Taj Mahal, j'en avais un peu ras le bol de visiter ce que tout le monde est censé visiter, Katmandou m'a redonné le gout de jouer les touristes - pour combien de temps, on verra bien.

Par Aurélien - Publié dans : Lieux visités
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Jeudi 28 février 2008 4 28 /02 /Fév /2008 17:38
Yeti.JPG Malgre près de trois semaines passées dans les montagnes au Nord-Ouest du Népal, je ne suis pas parvenu à observer le Yeti, mais j'ai quand même eu l'occasion de voir son empreinte de pas. Pas dans la neige fraiche non (j'ai pas vu de neige), mais sur le fuselage d'un avion de la Yeti Airlines.



J'ai du rentrer en avion depuis Nepalgunj, ville frontaliere avec l'Inde, parce que depuis 15 jours c'est la pagaille dans le pays, en particulier dans le sud (Terai).

Si j'ai bien compris (les népalais n'aiment pas en parler), l'Union Marxiste Leniniste a lancé un grand appel à la greve pour protester contre le premier ministre, et ca a dégénéré en tout un tas de révoltes et conflits parfois assez sérieux pour que plusieurs villes (dont Nepalgunj) soient sous couvre-feu, et que la route principale qui relie tout le sud du pays soit fermée. Du coup, on ne pouvait plus circuler vers l'Est.

undefined La situation se calme doucement, mais c'était assez tendu quand même quand j'y étais. On a entendu une bombe éclater, et les rumeurs parlaient de 4 personnes abattues par la police armée en 2 jours (les journaux n'en font pas état). Devant l'impossibilité de prendre un bus, j'ai du me résigner à payer $150 pour voler à Katmandou.

Petite consolation : l'avion a volé à l'altitude de 6300 mètres... C'est 2500 mètres plus bas que l'Everest! J'ai donc pu voir se dresser au milieu des nuages la chaine Himalayenne, teintée de rose par le soleil couchant...

Donc ca, c'était pour le voyage retour. Mais commencons par le commencement : le parc de Bardia.

undefined Après avoir passé près de deux semaines à me la couler douce à Pokhara, j'ai réussi à me motiver pour aller pister le tigre dans le parc national de Bardia. Il faut en effet savoir qu'au Népal, il y a certes la chaine Himalayenne au Nord, mais le sud du pays (Terai) est chaud voire très chaud, et on y trouve tout un tas d'animaux sauvages assez inattendus : tigre, léopard, rhinoceros unicorne, éléphant, crocodile, singe, ...

 Bien que relativement grand, le parc de Bardia est très peu fréquenté.


undefined Une ou deux dizaines de touristes par semaine s'arrêtent à Ambasha. Le bus vous dépose au milieu de nulle part, à l'endroit d'un des nombreux checkpoints de l'armée. Il faut ensuite emprunter 13 kilomètres de  piste puis encore marcher 15 minutes pour arriver à l'entrée du parc.

J'y suis allé toute une journée en compagnie d'un guide (500 Rs l'entrée + 500 Rs le guide = 11 euros) à la recherche du tigre, mais le gros chat se fait très discret depuis 15 jours, et je n'ai pas vu grand chose de sensationnel.

undefined Une maman rhino et son petit, en plus du rhino semi-apprivoisé qui se trouve à l'entrée du parc. Quelques singes et oiseaux, des especes de biches... Bon, un peu déçu quand même je dois avouer - je dois être blasé.

Bon, Bardia, c'est fait. Je me suis ensuite demandé où aller. Si on feuillette les bouquins genre Lonely Planet ou Guide du Routard, on se rend compte que l'ouest du pays n'est absolument pas couvert. Il n'y a rien, rien de rien. J'ai alors décidé d'aller voir par moi même ce qu'il y a à voir là bas. Et me voila parti.

Depuis Bardia, j'ai continué vers l'Ouest jusqu'a Atarya (2.5h / 170 Rs). En route on traverse la rivière Karnali (la plus longue du Népal) à son point le plus large. Pas mal.

undefined Puis j'ai pris un van vers le Nord du pays jusqu'à Dipayal (6h / 305 Rs). J'ai gribouillé sur la carte ci-dessus une approximation du parcours effectué. En jaune, c'est la partie où j'ai du marcher.


En chemin, les paysages se font de plus en plus impressionants. D'abord la rivière bleue turquoise qui serpente au milieu des montagnes, puis les champs vert et jaune à perte de vue, et enfin le soleil couchant qui fait ressortir le rouge de la roche...


Je suis resté deux jours entiers à Dipayal pour revenir sur mes pas. En particulier, 20 Km en amont, je suis allé voir un village relié à la route par un pont suspendu. Au début je me suis demandé s'ils n'allaient pas me couper en morceaux une fois de l'autre coté. Mais au lieu de ca, un bonhome a couru à travers champs en m'interpelant I'm coming!, et s'est improvisé comme mon guide. Chouette alors.


undefined Il a bossé quelques années en Inde dans le Tamil Nadu et connaissait Salem ou j'ai vécu un peu plus de 2 mois. On s'est échangé quelques phrases en Tamoul, c'était assez cocasse.

Il me présente son village, ainsi que quelques uns de ses 6 frères et 9 soeurs (son père a 3 femmes). J'essaye de demander habilement pourquoi il n'y a que des femmes dans les champs, il bottera en touche. Bon, on verra ca plus tard.

C'était le seul du village à parler anglais je suppose, et il était tout content de croiser un touriste.

Il faut savoir que dans cette partie du Népal, ils ne sont pas vraiment habitués à voir des occidentaux. Alors c'est sur, partout où on va, on attire les regards. J'ai beau avoir fait Salem, j'ai quand meme trouvé qu'ici c'était un cran au dessus. Par exemple, à Dipayal, un journaliste est venu m'interviewer Et qu'est-ce que vous venez faire là?  A ma connaissance, il n'a rien publié (tu m'étonnes, je savais pas quoi lui dire).

undefined Partout où on va, on est donc la star, enfin, en quelques sortes. Car si les regards sont parfois curieux et amusés, dans les campagnes ils sont souvent plutot méfiants, genre pas très cool. Quelques fois ca met un peu mal à l'aise, alors on joint les deux mains comme pour faire la prière (signe qui veut dire je viens en paix, sans arme dans les mains), puis on dit bien fort Namasté! Et alors, tous les visages suspicieux en face s'illuminent d'un grand et large sourire : Namasté! Et juste après tout le monde redevient crispé - c'est surréaliste.

En fait, les visages ont parfois l'air mauvais, mais ils sont en fait simplement sévères. On n'est pas habitué à voir autant de sévérité c'est tout.

Je m'en suis rendu compte en prenant des photos des gens, à leur demande. Quand ils posent pour la photo, bien que tout content, ils prennent un air très rude, qui rappelle les photos en noir et blanc de nos (arrière) grand-parents. Donc keep cool, tout va bien, les gens sont gentils et accueillants. C'est juste qu'ici ils ont une vie très pénible qui leur fait parfois oublier de sourire.

C'est quelque chose que j'ai découvert sur place, parce que moi j'étais complètement à coté de la plaque. Je croyais que le Népal était plus développé que l'Inde, et bien, je suis tombé de haut en traversant ces régions perdues d'un des pays les plus pauvres au monde.

undefined Après avoir visité les alentours de Dipayal, j'ai continué mon chemin en Jeep jusqu'a Sanphebagar (3h30 / 200Rs). J'avais prévu d'y rester une nuit pour prendre le bus vers Mangalsen (6h / 160 Rs), mais j'ai rencontré un népalais parlant très bien anglais qui m'a enmené visiter le petit hopital qu'il etait en train de mettre sur pieds, grace à l'aide des américains.

Il m'explique son projet, me donne des chiffres vertigineux, et je commence à avoir une vision plus juste de la situation.



undefined Pendant que les femmes passent leur vie aux champs et meurent à la maison en donnant naissance, les hommes jeunes partent travailler en Inde (j'en avais croisé pas mal dans le Tamil Nadu et surtout à Goa).

Là bas, ils fréquentent les prostituées, puis reviennent à la maison infectés par le SIDA. Dans certaines regions, 10.1% des travailleurs revenant d'Inde sont séropositifs... La mortalité infantile est elle aussi très élevée, et la tuberculose encore bien présente.


Avec un docteur pour 250.000 habitants, et le transport des malades effectué à dos d'homme à travers les montagnes, on imagine mal comment il pourrait en être autrement.

Quand les américains sont venus ici en hélicoptere et ont vu comment on vivait, ils ont eu pitié de nous et ont financé cet hopital (du coup j'ai compris pourquoi on me demandait si j'étais venu en hélicoptere). Il y a un site web consacré à ce projet : www.nyayahealth.org/. Ils ont besoin de volontaires type étudiant en médecine qui veut faire un stage. Si vous etes dans le domaine, merci de faire tourner l'adresse, parce que c'est du concret.

undefined Et encore je n'étais qu'à Sanphebagar, qui dispose de l'électricité et d'une route qui devrait etre goudronnée d'ici 2 ans. En m'enfoncant encore plus dans les montagnes, je me suis pris plusieurs grosses claques tous les jours, pendant une bonne semaine. Ca fait mal.

Depuis Sanphebagar, j'ai pris le bus pour Mangalsen. 6 heures de grand frisson à moins de 10 Km/h sur une piste défoncée, à se dire que cette fois-ci c'est la bonne, le bus va se coucher. Mais non, le chauffeur connait bien son engin.


undefined En descendant du bus, complètement couvert de poussière, j'ai droit à un autre avant gout de la réalité : une gamine qui casse des cailloux pour faire des graviers pour la construction. Et pour la premiere fois, ce sentiment de vraiment etre arrivé au fin fond du fond. Ca y est, j'ai trouvé un endroit ou y'a pas de Pepsi ni de Coca à vendre. Mais ils ont encore l'électricite, et meme internet en cherchant bien (via la téléphonie sans fil).

Mangalsen a été le théatre de combats assez serieux dans le passé avec les maoistes. Plus d'une centaine de morts, des milliers de soldats à l'assaut... Enfin bon, tout ca est révolu. Maintenant ils font juste la guerre des tags incitant à voter pour X ou Y. Pourvu que ca dure.

La police vient controler mon identité et me demande ce que je fais là. Ben j'me ballade. Mais tout va bien, c'est pour ma sécurité.

Magalsen, c'est la fin de la route. Après c'est fini, y'en a plus, il faut marcher. J'ai essayé de gribouiller en jaune sur la carte la portion de trajet concernée.

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J'ai donc pris mon sac et je me suis mis en route à travers les montagnes en direction de Binayak. La première heure a été éprouvante, ca grimpe bien trop pour moi et mon gros sac.


Je suis parti en délire sur le miracle des montagnes népalaise. On grimpe, on grimpe, et ca s'arrête jamais. Arrivé en haut d'un sommet il y en a toujours un autre encore plus haut, c'est sans fin. Ca défit la notion d'infini sans limites : c'est l'infini borné.


Enfin bon, aussi longue soit la nuit, le jour finit toujours par se lever, et j'ai finalement rejoins une piste qui traverse la région. Elle a été construite par une ONG allemande (GTZ), le gouvernement étant trop pauvre et trop corrompu pour faire quelque chose. Ici c'est des étrangers qui viennent faire les routes. Ca fait bizarre.

undefined Après un peu plus de 8 heures de marche au lieu des 6 annoncées (j'ai pas trouvé tous les racourcis on dirait!), j'arrive dans le village de Binayak. J'avais prévu d'y rester dormir la nuit et d'en repartir le lendemain matin, mais j'y suis resté 5 jours pour jouer les apprentis professeurs et partager la vie locale.

Ils m'ont demandé de rester 1 mois et demi pour leur apprendre à enseigner, moi qui n'ai jamais donné un cours de ma vie.


Tout le staff se reunit autour de moi pour me parler de tous leurs problèmes. Je suis le premier blanc qu'ils voient depuis peut être plus de 15 ans, et ils me considèrent comme Mr. Solution. Sauf que moi je me suis vraiment senti impuissant, impuissant comme un backpacker fauché qui visite le tiers monde en bus et à pieds.



Mais bon, au moins j'ai du temps, et je peux toujours en donner un peu, alors j'ai accepté de rester un peu. Durant ce temps, j'ai vécu avec un euro par jour : 20 Rs pour dormir, 35 Rs chaque repas, et voila, 90 roupies par jour, moins d'un euro. J'ai pas payé le thé (3 Rs), mais ils m'ont fait payer l'hébergement parce que je suis blanc. Normalement, si on mange, on dort gratuitement dans la chambre dortoir. Mais bon, en contre-partie, j'avais un lit pour moi tout seul. Une nuit, ils étaient 2 ou 3 par lit (des lits une place évidemment).

undefined Niveau repas, c'est le plat national, j'ai nommé le Dal Bath (Riz aux lentilles), sauf que les lentilles, il faut les chercher, et ne pas les confondre avec les graviers. Dans les régions reculées comme ici, tout est difficile à trouver. Pour les fruits, c'est simple, il n'y en a pas. Niveau légumes, il y a un peu de lentilles, de choux fleurs, de pommes de terre et d'épinard.

Quand je les ai vu préparer les pommes de terre, j'ai été amusé de voir qu'elles étaient petites comme des radis - comme c'est mignon. J'ai demandé si c'était une variété particulière. Non non, ce sont des patates ordinaires, c'est juste que le sol est trop pauvre pour qu'elles grossissent normalement. Ah bon, ok.

  Depuis quelques années, les fermiers ne sont plus auto-suffisants. Avant ils ne leur manquaient que le sel. Maintenant ils doivent vendre du lait parce que la récolte est insuffisante. Chaque famille a tout une tripotée de gamins à nourrir, les sols sont fatigués par l'agriculture sur brûlis, et la déforestation devient préocupante.

 
undefined
Mais à Binayak on ne meurt pas de faim. Tous les jours, on peut avoir une grosse platrée de riz, et si on est difficile comme moi, on peut varier de temps en temps en prenant des nouilles chinoises type Bolino (Chowmein). Donc à Binayak, tout le monde mange à sa faim, y compris les enfants. Et pourtant, ca ne suffit pas. Dans cette région du Népal, près de 50% des enfants souffrent de malnutrition moyenne à sévère. Concrètement, les gosses tout mignon ont des gros ventres gonflés.

  L'école où j'ai été est une English Medium Boarding School, c.a.d un école primaire privée où l'accent est mis sur l'enseignement en anglais. Elle a ouvert ses portes il y a 2 ans. Cinq investisseurs se sont associés pour la créer. Je n'ai pas bien réussi à cerner la notion d'investisseur, dans la mesure où pour l'instant du moins, il n'y a pas de retour sur investissement. Est-ce simplement des fondateurs qui font cela parce qu'il faut faire quelque chose, ou est-ce du business? Peut être un peu des deux.




Ce sont en majorité des professeurs de l'école publique qui versent une partie de leur salaire pour financer cette école et enployer d'autres profs. Les écoles publiques n'enseignent pas l'anglais, et les enfants qui en sortent n'ont pas d'avenir m'ont-ils expliqué.

undefined Les parents de ces élèves doivent payer de 100 à 200 roupies par mois (2.2 euros). Pour 70% des familles de la région, c'est trop. L'école accepte tout de même 25% d'enfants à titre gracieux. Au final, ils sont 215 cette année, et ils espèrent être 150 enfants de plus à la prochaine rentrée, en Mai. Faire fonctionner l'école toute une année coute 150.000 Rs, autrement dit, pour 1.700 euros on scolarise 215 enfants pendant un an. Ca fait bizarre.


A la prochaine rentrée, il devrait y avoir un ordinateur. Moi je suis informaticien, alors j'ai demandé à voir la bête. Ils m'ont montré l'écran, le clavier, la souris et l'onduleur. Et ou est l'unité centrale? - Ben on l'aura dans quelques mois. En 2 ans, ils ont réussi à s'acheter une moitié d'ordinateur, transportée à dos d'homme jusqu'ici.

Moi je me suis souvenu que j'avais un deuxième ordinateur dont je ne me servais jamais et dont je ne savais pas quoi faire. Ca fait bizarre.


Je sais pas trop comment ils vont gérer leur ordinateur. Il n'y a pas d'électricité, ils ont juste des panneaux solaires pour charger des batteries avec lesquelles ils s'éclairent la nuit. Il leur faut un groupe électrogene, mais je sais pas ou ils comptent s'approvisionner en pétrole. Enfin bon, ils sont bien parvenus à transformer une petite maison en école pour 300 momes.

undefined J'ai particulièrement bien sympatisé avec un des professeurs, originaire du Bhoutan. Le courant est bien passé des le début, et si j'ai accepté de rester, en fait, c'est parce que c'est lui qui me l'a demandé.

Il a été marrié à l'age de 12 ans, avec sa femme qui en avait alors 7. Quand il avait 1 an, sa famille a quitté le Bhoutan (comme 90.000 autres réfugiés) et sa mère est morte dans un accident de bus lors du trajet vers le Népal.


Il m'explique comment il est arrivé ici à Binayak pour enseigner avec un salaire de 5500 Rs par mois (60 euros) : même au Népal, on ne fait rien avec ca. Il m'a invité à manger chez lui, juste avant mon départ, dans sa maison humide qui le rend malade, lui ainsi que son bébé d'un an. En mangeant le Dal Bath le plus pauvre de ma vie, je priais pour qu'il ne me fasse pas vomir devant eux, cela les humilierait.

undefined Sa femme porte la tristesse sur son visage, et elle éclatera d'ailleurs en sanglot - elle doit pleurer tous les jours. Quant à lui il dissimule assez bien son désespoir - le choc à la lecture de son journal intime n'en est que plus fort. En voyant toute cette tristesse, j'ai realisé que ce serait comme cela toute sa vie, que je ne pouvais rien y faire, et qu'à sa place je serais dans le meme désarois, parce qu'ici, il n'y a pas d'alternative, il n'y a rien, même pour les gens instruits et intelligents comme lui. Pour paraphraser Balavoine : au grand loto de l'Univers, ils n'ont pas tiré le bon numéro.

Puis est venu le temps de partir, ou plutot, je dois l'avouer, de fuir. Un des fondateurs de l'école m'est désigné comme guide et porteur de sac. Une petite cérémonie d'au-revoir est faite avec les enfants, on danse, et j'ai droit à la bénédiction et à la guirlande autour du cou.

Pour que je ne me fasse pas rouler, mon guide a été chargé de négocier tous les prix pour moi, et il m'a été interdit de demander quoi que ce soit. On marchera 4 heures et traversera la rivière Karnali en barque.

undefined A Tunibagar, le lendemain matin, mon guide, qui est un des co-fondateurs de l'école où je suis venu aider, chargé par le village de veiller sur moi, s'occupe de me négocier le ticket de bus.

Je decouvrirai plus tard qu'il m'a fait payer 2 fois le prix normal. C'était le seul à qui je faisais confiance, cela m'a donc blessé. Mais il ne faut pas juger, ici une roupie est une roupie, et un blanc restera toujours un blanc. On est pas des mêmes mondes, j'ai fait l'erreur de l'oublier.
Par Aurélien - Publié dans : Lieux visités
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Lundi 21 janvier 2008 1 21 /01 /Jan /2008 15:09

douanes.JPG Me voilà donc au Népal. Le passage de la frontière indo-népalaise a été plutot original. Depuis Varanasi, j'ai pris le train vers Gorakhpur (144 Rs), et de là le bus vers Sunauli. La frontière se situe à environ 500m de l'arret de bus.

En s'approchant de la frontière, un homme m'interpèle de l'autre cote de la route, à travers le flot de circulation assez dense. Je me demande ce qu'il veut me vendre et l'ignore plus ou moins. Il s'adresse alors à mon trishaw (porteur à velo), et ce dernier m'explique que je dois passer au bureau d'immigration indien. Je jette un coup d'oeil un peu plus attentif, et réalise que le bonhome qui m'interpelle est membre de l'India immigration.

immigration.JPG Le terme bureau d'immigration est à prendre au sens premier du mot bureau, c'est à dire une table de travail, sur laquelle on écrit. Ce bureau se trouve au bord de la route et donne en pleine rue. Moi je suis arrivé sur les coups de midi, donc je n'ai pas eu à réveiller le fonctionnaire qui s'y trouve. Ce dernier m'a fait remplir un petit papier comme ceux qu'on distribue dans les avions, puis a tamponné mon visa.

Autour de lui, plusieurs individus se montrent particulièrement serviables et attentifs à mon égard. On m'explique tout ce dont je vais avoir besoin pour faire mon visa népalais : une photo d'idendité + 30 US$ en cash. On me montre ou je peux faire des photos, et on m'accompagne dans une boutique ou je peux changer mes roupies indiennes en roupies népalaises.

Sans surprise, le taux de change est très mauvais : 1 Rs = 1.5 Re (1 roupie indienne = 1.5 roupie népalaise). On m'explique, papier à l'appui, que les grosses devises indiennes (billets de 500 et 1000 Rs) ne sont pas acceptées au Nepal et que je ne peux les changer qu'ici, que je vais tout perdre, et patati et patata. Moi qui n'ai que des billets de 1000 Rs, j'hésite un peu... Mais finalement je ne change presque rien.
 
frontiere.JPG Coté Nepalais, on acceptera de changer sans sourciller un billet de 1000 Rs au taux de 1.6... J'aurais d'ailleurs du tout changer à ce moment là, car il est effectivement difficile de changer les grosses coupures a l'intérieur des terres, le meilleur taux obtenu à Pokhara est de 1.57.

Le passage de frontière est super relax, on peut aller et venir comme dans un moulin. C'est d'ailleurs ce que font en permanence des centaines d'indiens et de népalais.

Une fois au Népal, j'avance l'heure de ma montre de 15 minutes (qui servent juste à marquer la différence avec l'Inde), et je m'arrete au bureau d'immigration népalais. Atmosphère relax là aussi. Les formalités prennent 5 minutes. Les fonctionnaires sont décontractés et sympas, ils acceptent de tamponner mon carnet de voyage et me souhaitent la bienvenue. Là aussi, à la sortie du bureau d'immigration, tout un tas de rabatteurs proposent marijuana (on est encore dans l'enceinte des douanes...) et tickets de bus un tiers plus cher.

Pokhara.JPG Pour ma première etape nepalaise, j'ai choisi Pokhara, la deuxième ville du pays, aux pieds de l'Anapurna (8091 mètres) et en bordure d'un lac. La ville est réputée autrement plus calme et relaxante que Kathmandu, et elle l'est effectivement.

En haute saison elle doit etre très touristique, mais en ce moment, c'est plutot pépère. J'ai pris mon premier repas près d'une grande cheminée, avec un chat et un chien qui dorment a cote - ambiance challet de montagne, un vrai régal après tout ce temps passé dans les bus et les trains.
 
NepalMaoistes.JPG Cela dit, le pays n'est pas aussi zen qu'il n'y parait. Une petite révolution maoiste couve depuis 10 ans, et des bombes ont éclaté à Katmandou la semaine derniere.
 
Les élections du mois d'avril prochain dont le but est d'abolir la monarchie font monter la tension. Dans le journal local, quelqu'un expliquait qu'il fallait s'attendre à voir une série d'assassinats politiques très prochainement...

Mais bon au quotidien on ne remarque rien. Je ne me suis pas trop balladé encore, je me la coule douce. Mon objectif à court terme est de prendre du poids et de bien soigner le vilain rhume que je traine depuis 2 semaines.

Ensuite, je vais m'essayer à aller faire un trekking. Je m'équipe en contrefacons de The North Face qui abondent et dont la qualité est surprenante. Puis je vais devoir débourser 2000 Re pour un permis de trek dans le coin, et en avant la grimpette.

Il se peut donc que je mette plusieurs semaines à donner des nouvelles. Avec un peu de chances, je posterai une photo du Yeti!

Par Aurélien - Publié dans : Lieux visités
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Mercredi 16 janvier 2008 3 16 /01 /Jan /2008 14:46
KragMagaIndia.JPG Pour mon dernier jour a Delhi, j'ai pu m'entrainer avec le petit club qui pratique le Krav Maga en Inde, affilié a l'IKMF. Dans toute l'Inde, ils sont pas nombreux a pratiquer ce sport d'auto défense. Meme a Delhi, on n'était qu'une douzaine. Il faut dire que les tarifs appliqués ne rendent pas la discipline particulierement accessible : j'ai payé 20 euros pour un seul entrainement... Le Krav Maga en est encore a ses balbutiements dans ce pays, et j'ai eu l'impression que c'était avant tout un business. Mais bon, l'entrainement était tout de meme de qualité - un peu court quand meme (1 heure).

Et ensuite je suis allé voir le Taj Mahal. Car finalement je me suis débrouillé pour changer mon billet de train et m'arreter à Agra le temps d'une journée. Cela m'a couté un supplément de 2 euros, on est loin des 70 US$ demandés par les pseudo bureaux d'information pour touristes. Il s'agit plutot de bureaux de désinformation d'ailleurs, puisque tous ceux que j'ai consulté m'ont assuré que les trains étaient complets et qu'il était impossible de réserver une place, sauf si je payais un tarif spécial de 30 euros, pour verser des pots de vin...

TajMahal.JPG Dans une ville qui s'appelle Delhi, on ne peut pas raisonablement espérer une grande honneteté des agences touristiques. La ville est d'ailleurs reputée en Inde pour etre pleine de tricheurs et de menteurs. En me rendant au guichet pour étrangers à la principale gare de Delhi, j'ai été accosté par pas moins de 4 personnes sur 200 metres m'expliquant que je faisais fausse route pour aller réserver mes billets. Ils voulaient tous m'envoyer vers ces bureaux pseudo officiels, ou ils touchent leur comission...

Donc, je suis allé visiter le Taj Mahal - Ca, c'est fait. Je ne suis pas allé voir le Fort, et me suis limité aux 15 euros d'entrée pour le Taj - tarif spécial étrangers. J'ai pas vraiment adoré l'endroit, je m'y suis un peu emmerdé à vrai dire. Le fait d'etre en petite forme parce que encore malade et fatigué a du jouer. Plus je voyage, et moins je visite les lieux à touristes. Je crois que je ne vais bientot plus rien visiter du tout. Enfin bon, c'est le Taj Mahal, il fallait le voir.

Ensuite, le soir j'ai pris le bus pour Tundla, et de là le train pour Varasani (Benares), un haut lieu de pélerinage. Mon train est arrivé tres tot, j'ai donc pu profiter du lever de soleil. Le dernier que j'avais observé était à l'autre bout du pays, au Cap Comorin, au début de mon voyage. Juste avant de finir mon  étape indienne je l'observe à nouveau : la boucle est bouclée!

Gange.JPG J'y ai d'ailleurs retrouvé la meme ambiance, avec les pélerins qui vont se laver dans le Gange, malgré les basses temperatures. Moi je commence seulement à récupérer de mon rhume et à retrouver ma voix, alors je me suis bien gardé de tremper un orteille. Aujourd'hui on ne peut pas faire de promenade en bateau sur le Gange parce que les bateliers font greve contre les taxes trop élevées que le gouvernement applique sur chaque touriste promené...

Varasansi est un endroit sympa ou il est facile de discuter avec les gens. Les prix sont tres corrects aussi, voire étonnement bas au point qu'on cherche ou est l'arnaque et qu'on préferait presque payer plus. Mais bon je n'ai pas trop le temps de profiter du lieu, mon visa se termine dans un jour, alors ce soir à minuit je prends le train pour Gorakhpur et de là le bus pour la frontiere Nepalaise.

En guide de conclusion pour l'Inde, j'ai uploadé une sélection de quelques photos de Bombay à Varanasi.  Elles tentent de retransmettre un peu l'atmosphere de ce pays, qui mélange la propreté et le modernisme du métro de Delhi - un des meilleurs du monde - avec la crasse et la pauvreté des  bidonvilles comme celui de Bombay... Incredible India!
Par Aurélien - Publié dans : Lieux visités
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Samedi 12 janvier 2008 6 12 /01 /Jan /2008 18:42
bus-copie-1.JPG
Tout a une fin, sauf la banane qui en a deux! Mon V.I.E est terminé, autrement dit je n'ai plus de boulot depuis le 12 décembre 2007 14h00. Et depuis le 12 décembre 2007 14h01, je suis en plein voyage autour de l'Asie. Je suis toujours en Inde, a Delhi en ce moment, sur le point de bouger vers Varanasi afin d'entrer au Népal avant que mon visa indien n'expire, le 18 Janvier. Je prévois d'aller au Népal en bus, ca a l'air d'etre toute une sacré aventure...


J'ai commencé mon voyage en allant dans le Kerala recevoir un gros calin de Amma, la femme qui prend dans ses bras les gens depuis plus de 30 ans. Plus de 30 millions de personnes ont ansi recu un calin de Amma. Je suis allé recevoir le mien dans son ashram pres de Kollam, dans le Kerala. Drole d'ambiance. C'est une sorte de temple avec de la musique et des chants en continue, c'est assez sympa, ca fait un peu pelerinage. A l'arrivée on nous demande quel est notre nom spirituel...

travel-copie-1.JPG Amma étant présente, le lieu était bondé et extremement animé. Mais sitot partie, l'ashram est devenu desert... J'ai bien aimé, sauf peut etre de me faire snobber par pas mal des occidentaux présents, ceux-la memes qui sont tout de blanc vetu. Je pensais naivement trouver un lieu ou tout le monde est ouvert d'esprit et chaleureux. Finalement, ce lieu n'était pas différent de tous les autres endroits sur Terre, on y trouve de tout.

Apres l'ashram, je suis descendu jusqu'a la pointe sud extreme de l'Inde, j'ai nomme Kanyakumari (Cap Comorin), l'endroit ou se rencontrent 3 mers, le soleil et la lune... Le seul truc a faire la bas est de se lever vers 5h du matin pour rejoindre le flot de pelerins indiens (pas un seul étranger!) qui se dépechent d'atteindre le bord de mer pour y boire un thé en scrutant l'horizon afin d'etre le premier a voir se lever le soleil.


varkala.JPG Ensuite je suis remonté vers le Kerala et me suis arreté quelques jours a Varkala, le temps de bruler au soleil dans ce coin assez touristique. Puis j'ai continué ma remontée jusqu'q Bangalore, pour Noel. Juste avant de m'y rendre, je suis pas hasard tombé sur le site internet d'un indien avec qui j'avais discuté par mail il y a plus de 3 ans.

A cette époque, il venait de developper un logiciel et le proposait en libre téléchargement. J'y avai jeté un oeil et y avait effectué quelques modifications. Nous en avions un peu discuté avant de perdre contact. Depuis, son petit logiciel est devenu un produit professionel : il a créé son entreprise et embauché des developpeurs. Nous nous sommes rencontrés a Bangalore, et avons discuté de tout cela, de la situation en Inde, etc... Vraiment intéressant, et totalement inattendu.

haircut.JPG Ensuite je me suis mis en route pour Goa, le petit Ibiza Indien, reputé pour sa musique techno Trance. Il y avait d'ailleurs un gros festival techno, ou Karl Cox est venu jouer.

Je suis resté pres d'une semaine entre Vagator et Anjuna, et feté le nouvel an sur la plage en dessous des feux d'artifice. Pour l'occasion je me suis fait faire une coupe de cheveux spécial 2008. On a pu danser jusqu'a 5h du mat ce soir la, mais les autres soirs ca n'a pas été possible. On reste en Inde, et passé 22h/minuit, il est assez difficile de trouver un endroit ou aller, a moins de débourser beaucoup d'argent pour l'entrée, ainsi que pour les taxis qui se gavent royalement durant cette période.

goa.JPG Ensuite je me suis rendu a Mumbai (Bombay). C'est la premiere fois depuis que je suis en Inde que j'ai un véritable choc. J'ai vraiment eu le sentiment pour la premiere fois dans ma vie d'etre dans une tres grande ville. J'ai aussi pour la premiere fois vraiment vu la misere telle qu'on l'entend décrite. C'est a dire des kilometres de bidonville.


La premiere fois que je suis allé a Paris en train, j'ai été choqué de voir de nombreux SDF vivant dans des tentes sous les ponts, ou en pleine rue. J'avais trouvé ca honteux pour la France.


Je m'étais souvenu de cela quand je venais d'arriver en Inde, a Salem, et que je voyais quelques personnes vivant dans la rue, mais pas énormément. J'avais trouvé que finalement, ils étaient pas plus nombreux que nos SDF en France, si on ouvrait un peu les yeux.

Mais a Bombay, c'est clairement la categorie au dessus. En voyant ca, je me suis fait la réflexion qu'il n'y avait aucun moyen de changer cela, c'est trop, beaucoup trop. Je n'ai pas la moindre idee de ce qu'on pourrait faire, meme avec beaucoup de "si...".

Mais l'Inde est un pays d'extremes. Elle continue d'avancer a grands malgré tout. Ce qui a fait sensation ici c'est l'annonce de la Tata Nano, la voiture a 2000 euros. C'est moins cher qu'un Rickshaw, ces petits véhicules rudimentaires a trois roues (touktouk) qui font les taxis un peu partout.

Les autorités se plaignent que tout le monde va acheter une voiture au lieu d'une moto, et que les routes, déja engorgées, vont devenir totalement impraticables... La Tata Nano sortira en octobre, on verra comment son apparition sur le marché va impacter la vie locale...

L'autre sujet d'actualité est la venue de Nicolas Sarcozy, accompagné de sa nouvelle petite copine, et non pas de sa femme. Et ca, ca pose un gros probleme aux indiens. Que faire de cette femme qui n'est pas la premiere dame de France ? Comment la traiter ? Et si elle était une espionne ? (!)

Moi je suis un peu loin de tout cela, un peu déconnecté. Ma préoccupation du moment est comment rajoindre le Népal au plus vite, pour pas trop cher, et sans mourir de froid. Je suis a Delhi, et je suis aphone. J'ai bien sur attrappé froid en route.

Je viens de renoncer a aller voir le Taj Mahal, les trains sont complets et les "agences touristiques" (spécialisées dans le dépouillement de votre porte monnaie) m'annoncent des prix trop élevés. Alors tans pis pour le Taj, une autre fois. Je me suis acheté des gros pull a la place.

Voila pour les premieres news de l'année. J'en profite pour tous vous souhaiter une bonne année 2008 et vous adresser tous mes meilleurs voeux de bonheur! Om Shanti!
Par Aurélien - Publié dans : Lieux visités
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